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08 décembre 2013

Aldinga Beach, 8 decembre 1963

Rodney Fox en 1964 - Photo courtesy of John Harding.

Il y a exactement 50 ans aujourd'hui Rodney Fox survivait à l'assault d'un White pointer.

Rodney Fox a 23 ans quand ce 8 décembre 1963 il participe à un championnat de chasse sous-marine (spearfishing en anglais) au fusil-harpon près de Aldinga Beach, au sud d'Adelaïde. Alors qu'il s'apprêtait à tirer un poisson, il est percuté ("par une locomotive" selon ses propres dires) et saisi par un grand requin blanc. Il est gravement mordu à l'abdomen et manque de périr noyé. Il réussi néanmoins à regagner la surface et est rapidement secouru par un bateau. De là, il est emmené derechef à l'hôpital le plus proche.

 

Fox doit sa survie à sa combinaison qui lui a maintenu les organes en place, et probablement au fait que le requin n'ai fait que "goûter" le plongeur. Son récit et ses photos ont fait le tour de monde, et il est encore aujourd'hui le plus célèbre rescapé d'une attaque de requin.
 
Revenge of a Shark Victim

Rodney Fox, survivant et marqué à vie, sortit de l'hôpital en mettant un point d'honneur à surmonter sa peur et à retourner dans l'eau au plus vite. Exalté dans un premier temps par un esprit de revanche, le spearfisherman entreprend de débarrasser l'eau de tout les requins-tueurs du coin. Une réaction compréhensible quoique désastreuse : pour Fox (comme pour la plupart des gens à l'époque), un bon requin est un requin mort. 

Nous sommes dans les années 60, et en Australie le spearfishing est devenu un sport à la mode. Les petits clubs se sont multipliés. L'époque est insouciante et les considérations environnementales sont alors quasi inexistantes.
 
Mais l'attitude de Fox change peu à peu. La vengeance fait place à la curiosité.
Les requins sont encore considérés comme des menaces, mais ce sont des animaux mal connus dont il reste quasi-tout à découvrir. Un changement que l'on doit certainement à l'influence de Ron et Valerie Taylor, spearfishingmen eux aussi, mais surtout passionnés de photo sous-marine. Ron Taylor ne rate d'ailleurs jamais une occasion de tourner avec sa camera 16 mm, équipé d'une house de son invention.


Après deux petits films en noir et blanc, Playing with Sharks (1962) et Shark Hunters (1963), Ron Taylor met en scène Rodney Fox dans Revenge of a Shark Victim (1965). La hype pour les films de requins bat son plein en Australie, où ils sont projetés dans de petites salles et même vendus pour les actualités. Dans ce court film, peu glorieux pour Rodney Fox, ce sont malheureusement de pauvres requins taureau et autres requins de récifs qui font les frais de la psychose générale contre les "mangeurs d'hommes".



En 1966, Ron Taylor, accompagné par Rodney Fox, filme les premières séquences de grands requins blancs sous l'eau à Dangereous Reef. Fini les massacres de requins, l'heure est aux sensations fortes, à l'aventure et à l'exploration. Fox a mis au point une cage d'observation (reprenant et améliorant l'invention de J.Y. Cousteau, utilisé dans son film Le Monde du Silence en 1953) permettant de filmer et photographier sous l'eau sans danger. Il continue en parallèle son activité de plongeur professionnel-pécheur d'ormeaux.

Fort de son statut de survivant et de son expérience, Rodney Fox apparait ensuite en 1971 dans le film-documentaire Blue Water, White Death, à nouveau aux cotés de Ron et Valerie Taylor. Ce film, qui retrace le parcours d'une expédition - à la recherche du man-eater - inaugure une nouvelle ère.

A bigger boat

C'est Jaws qui marquera le tournant. Consultant pour le film, Rodney Fox organise l'expédition avec l'aide du couple Taylor qui tourneront quelques séquences sous-marines avec de vrais requins pour les besoin du film. A sa sortie en 1975, l'impact du film de Spielberg est énorme. Le grand blanc, qui n'avait déjà pas bonne presse, est maintenant devenu le monstre ultime.

Cette popularité nouvelle conduira Rodney Fox à organiser, dès février 1976, les premières expéditions (mais payantes) pour observer des grands requins blancs là ou ils se trouvent. C'est à dire à Dangerous Reef. Le Shark Cage Diving est né. 

Des centaines d'expéditions auront lieu dans les années 70 et 80 ; scientifiques, télévisuelles ou simplement touristiques, elles seront toutes emmenés par l'australien, devenu expert reconnu du grand requin blanc.
Car Rodney Fox a eu tout le loisir de bien observer et étudier son ancien agresseur. Et celui-ci n'est pas la terreur des mers tant décriée. 



C'est un deuxième tournant. Rodney Fox, qui a pris conscience de la vulnérabilité des grands requins blancs, va s'imposer comme démystificateur. Tantôt plongeur, photographe, réalisateur, producteur de documentaires, consultant, guide ou naturaliste... depuis plus de trente ans, Rodney Fox est devenu un défenseur de la cause des requins contribuant à la connaissance des squales et à leur protection.

Aujourd'hui Rodney Fox et son fils Andrew mènent toujours leurs expéditions au large des îles Neptune, à environ trois heures en bateau de Port Lincoln. Une fondation, la Fox Shark Research Foundation a vu le jour en 2001 dans le but de promouvoir la protection et la recherche sur les requins blancs, notamment par un programme de marquage.

En 1995 est sorti Hunt For The Great White Shark, (parfois appellé The Fox And The Shark) un bon documentaire du National Geographic qui retrace le parcours de Rodney Fox avec de nombreuses images d'archive.

Ces jours-ci vient de sortir une biographie Sharks, sea and me (Wakefield Press, 288 pages) rédigée par Fox lui-même. Et un nouveau documentaire serait en préparation.

Rodney Fox en 2013.

www.rodneyfox.com.au

une interview vidéo de Rodney Fox dans laquelle il revient sur son attaque.
 
une interview radio d'ABC Adelaïde en décembre 2013.
un article à propos de la première expédition en Shark Cage Diving de 1976. 
une interview de Rodney Fox par Alex Buttigieg.
→ une interview de Rodney Fox en 2007 pour le magazine Divehappy.

10 septembre 2012

RIP Ron Taylor (1936–2012)

Valerie et Ron Taylor.



Depuis le milieu des années 60, l'australien Ron Taylor a parcouru le monde du silence, camera au poing, accompagné par sa compagne Valerie. De champion du monde de spearfishing à photographe et protecteur des océans, la transition s'est faite, naturelle. Ron et Valerie n'ont eu de cesse à travers leurs films et documentaires de témoigner des curiosités et splendeurs du monde sous-marin.

Ils ont été également parmi les premiers à s'alarmer de sa dégradation.

Ron Taylor est celui aussi à qui l'on doit les premières images filmées du grand requin blanc.

→ l'article d'ABC.




Un extrait de Inner Space, la série subaquatique d'anthologie dont nous parlions en juin dernier dans ce post.


17 juin 2012

Ron et Valerie Taylor: Inner Space



C'est passé assez inaperçu mais Votary Records a eu la bonne idée de resortir en DVD (zone 4) la série de documentaires Inner Space, produits et tournés en 1972-73 par Ron et Valerie Taylor pour la télévision australienne.

Au total, ce sont 325 minutes de programme, l'occasion de voir (de découvrir) des séquences sous-marines vintage et rares, un témoignage visuel de l'état de la vie marine en Australie il y a une quarantaine d'années.

Parmi les épisodes compilés se trouve The Search for the Great White Death, dont on voit quelques images dans le trailer ci dessus, ce qui ne manque pas de susciter notre intérêt. 

→ review (en anglais) sur www.readings.com.au

27 janvier 2012

Grands Requins Blancs près des côtes

photo : Chris Fallows. www.apexpredators.com

Chaque année, la ville de Cape Town et ses Shark Spotters s'attendent donc à voir les grands requins blancs quitter Seal Island et venir patrouiller plus près des côtes de False Bay (voir aussi le post précédent), et ce dès la fin de l'hiver Sud Africain, soit fin août-début septembre. Un "pic d'observation saisonnier" a lieu, quant à lui, d'octobre à janvier.

La saison commence en général par un communiqué de la ville, relayé par le site de la NSRI et par les médias, comme par exemple avec ce papier du Cape Times du 31 août dernier, qui rappelle au public la vigilance et les précautions d'usages. Les zones les plus sensibles à False Bay sont de manière régulière Fish Hoek et la bande de côte allant de Muizenberg à Macassar Beach.

Grâce au marquage des requins et aux données récoltées en Afrique du Sud depuis les années 2000, le phénomène peut être suivi de plus près par les scientifiques.





Le tableau ci-dessus recueille les datas sur 5 spots à False Bay, de novembre 2004 à janvier 2010. On peut voir que le nombre de requins repérés peut fluctuer fortement d'une année sur l'autre (ex: le mois de janvier à Muizenberg).

Ci-dessous, un tableau plus ancien couvre une période de 3 ans et 11 mois d'observations par les Shark Spotters.


A False Bay, cette migration saisonnière vers les côtes fait toujours l'objet d'un programme d'étude à long terme par les scientifiques du Save Our Seas Shark Centre.

Ces mouvements seraient en partie dû au cycle de reproduction des otaries de Seal Island. Celles-ci mettent bas en novembre-décembre, et les jeunes individus deviennent, au fil des mois, plus agiles et expérimentés, et donc plus difficile à attraper. En conséquence, les requins se réorienteraient sur d'autres proies.

Autre supposition, la migration de certaines espèces de poissons quand l'eau se réchauffe les mois d'été. A cette période, des bancs d'anchois, mulets ou sardines se déplacent plus près des côtes pour se nourrir, et ainsi attirent d'autres poissons tels sérioles, liches, cabillauds, qui à leur tour attirent d'autres plus gros prédateurs incluant certaines espèces de requins dont roussettes, requins renards ou requins cuivres. Ces derniers, ainsi que les raies, ou d'autres poissons de bonne taille font partie du menu d'été du grand requin blanc.

Le phénomène s'observe également tout le long du Western Cape. Près de Gansbaai et dans une moindre mesure à Mossel Bay, les requins blancs délaissent les îlots rocailleux où s'entassent les otaries pour s'aventurer en eaux moins profondes.


photo : White Shark Trust.
Du côté de Dyer Island et Gansbaai, des études menées par le White Shark Trust et Michael Scholl au milieu des années 2000 ont dessiné des tendances.

Entre septembre et fin janvier, les grands requins blancs sont également observés plus près des côtes, et à partir d'octobre en eaux peu profondes, près du bord, notamment du côté de Shark Bay, entre Dyer et Pearly Beach.

Assez curieusement, ils disparaissent presque tous en février et mars pour réapparaître en nombre aux alentours de Dyer Island et Geyser Rock vers avril.

Les datas collectées sur une période de 5 ans sur les requins de Dyer et ceux de Shark Bay font apparaître deux populations distinctes. Plus de 9 requins sur 10 vaquant dans les vagues de Shark Bay se trouvent être des femelles, tandis qu'à Dyer Island, le ratio se rééquilibre à 60% de femelles pour 40% de mâles.

Les femelles de Shark Bay présentent des traces fraîches de morsures par leur congénères mâles, autour des fentes branchiales et des nageoires pectorales, peut-être dues à de récents accouplements. La taille de ces femelles varie d'un extrême à l'autre; soit d'assez grande taille (plus de 4 mètres), soit beaucoup plus petit (moins de 2,50 m), ces dernières étant le plus représentées. On trouve peu d'individus de tailles intermédiaires, alors qu'à Dyer Island, la moyenne habituelle se situe dans les 3,50 m.

Plusieurs théories sont envisagées.

Zone de chasse ?
Envisagée en premier lieu, cette hypothèse est vite abandonnée. Les fonds sablonneux sont assez dépeuplés et dépourvus en proies potentielles. A part d'occasionnels bancs de dauphins de passage et quelques raies, la chasse en eaux peu profondes n'offrent guère de choix aux abords de Shark Bay. De plus, sur cette zone, les requins ne semblent pas être en mode chasse. Ils se montrent très peu réceptifs aux stimuli du chum, de la traîne mise à l'eau, contrairement à Dyer Island, où ils investissent rapidement les alentours des bateaux de Shark diving.

Nurserie ?
Les requins blancs sont ovovivipares (les oeufs se développent et éclosent dans l'utérus de la femelle) et le temps de gestation pourrait aller jusqu'à 18 mois. Chez quelques espèces de requins, on observe un comportement d'inhibition alimentaire sur les femelles gravides (ou quand elles viennent de mettre bas). Cette inhibition permettrait au requin nouveau-né de ne pas devenir la proie de sa propre mère. Certaines espèces de requins utilisent ces eaux calmes et peu profondes pour mettre bas et pour permettre au jeune d'arriver à maturité. Les individus de petite taille observés à Shark Bay pourraient correspondre à ces jeunes requins blancs nouveaux-nés.

L'accouplement ?
L'accouplement, ainsi que la naissance de grands requins blancs, n'ont toujours pas été observés précisément. On suppose qu'il se déroule de manière similaire aux autres membres de sa famille, les lamnidés. Il se pourrait que les eaux peu profondes permettent un accouplement plus aisé, les mâles devant s'accrocher aux femelles (d'où présences de morsures aux nageoires pectorales et dans la zone branchiales de celles-ci); la paire est obligée d'arrêter de nager, et ce faisant elle coule. Le peu de profondeur éviterait ainsi de couler sur des dizaines de mètres et permettrait une meilleure oxygénation du fait de la proximité des vagues qui brassent l'eau.

Ces études du White Shark Trust montrent que ces requins ont une intéraction et une activité sociale forte dans cette zone. Ils semblent nager d'une manière méthodique, parallèlement à la côte, se croisant à une fréquence qui n'est pas due au seul hasard. Le tout sans signes de comportement agressif ou de compétition entre les individus.

Depuis 2010, une nouveau programme de marquages et d'études est mené par le Dyer Island Conservation Trust sur la zone de Shark Bay.



Cette tendance migratoire saisonnière près des côtes n'est pas exclusive à l'Afrique du Sud.

Aux USA, elle est observée en Californie, en relation avec les zones d'agrégation de leurs proies favorites, lions de mer ou otaries. Le grand requin blanc semble également refaire une timide réapparition sur la côte est, en Atlantique Nord, une zone où il a été trop peu fréquemment aperçu durant les 20 dernières années.

Ainsi la ville de Chatham (Cape Cod, Massasuchetts) en fait maintenant l'expérience depuis 2007, où des grands requins blancs sont régulièrement repérés à partir de fin juin, occasionnant au passage quelques heures de fermeture de plages avoisinantes.
La raison? La présence d'une colonie de phoques gris qui a élu domicile sur Monomoy Island, au sud de la ville, et dont la population a fortement augmenté depuis la dernière dizaine d'année.

Monomoy Island, un grand requin blanc patrouille non loin des phoques. Photo : Massachusetts Division of Marine Fisheries.

Le biologiste Greg Skomal s'est rapidement intéressé à la question et dès septembre 2009, lui et son équipe réussissent à marquer avec succès les premiers requins blancs des eaux de l'Atlantique.

Les cinq requins tagués cette année là (et huit en 2010) ont permis à Skomal de suivre leur pérégrinations. Premiers résultats : les eaux plus au sud, de la Caroline du Nord à la Floride (et non le grand large comme on le supposait) semble être leur destination les mois d'hiver. Affaire à suivre.

Le parcours américain d'un grand blanc marqué en septembre 2009.


Quant à l'Australie, bien que relativement habituée à la présence des grands blancs dans ces eaux, particulièrement dans le sud, les données sont encore insuffisantes pour appréhender précisément les déplacements côtiers de ceux-ci.

Les études se poursuivent, notamment avec un programme de marquage mené par le biologiste Barry Bruce et le CSIRO.

En rouge, la position du requin blanc femelle au 8 juillet 2011.

La photo ci-dessous date d'avril 2011 et a été prise à Hawks Nest (New South Wales), près de Port Stephens. C'est sur cette même zone que l'équipe de Barry Bruce a marqué 3 nouveaux requins en octobre 2011, et dont on peut voir la position sur carte au 9 janvier 2012.


Tout récemment encore, l'endroit a refait parler de lui : trois requins blancs ont été signalés non loin de la plage il y a une dizaine de jours.

Il est probable qu'en Nouvelle Zélande ou dans le Pacifique Est (côte du Chili) les grands requins blancs suivent des chemins semblables le long des côtes en fonction des saisons et des proies disponibles, pinnipèdes ou poissons. Les données manquent.

Pour clore ce petit topo, finissons sur Shark Week. Avec ces différentes observations de grands blancs près des côtes, films et images à l'appui, la tentation était trop forte pour Discovery Channel. En août dernier, Shark Week a fait deux spéciales sur le sujet : Great White Invasion avec l'habitué Chris Fallows en protagoniste principal...


... et Jaws Comes Home traitant du cas Chatham... Jaws Comes Home ? (soit Les dents de la mer reviennent à la maison), le rapprochement était trop tentant - car Chatham se situe non loin de l'île de Martha's Vineyard, là même où se trouve la ville (fictive) d'Amity.

Comme d'habitude avec Shark Week, on retiendra de ces deux émissions quelques belles séquences mais on passera sur le propos qui ne s'embarrasse jamais de véracités scientifiques ou de considérations analytiques très poussées.


Sources et compléments (tous en anglais) :

Treknets and Inshore sharks, un article de Monique Fallows sur les requins blancs de False Bay (janvier 2011).

Shark Detectives, un article par Thomas P. Peschak et Michael Scholl publié dans le magazine Africa Geographic en septembre 2005.
Sharky Shore, article publié dans The Big Issue (décembre 2005).
→ le site du biologiste Michael Scholl

→ le report video d'ABC sur Youtube sur la présence des grands blancs à Chatham - sept 2009.
→ le report video du Boston Channel sur Youtube à Chatham - juil 2011.
→ une longue enterview audio de Greg Skomal par WGBH radio.

Infos et datas sur le programme australien mené par Barry Bruce et Save Our Seas.
→ une vidéo aérienne d'un jeune requin blanc repéré à Hawks Nest en mars 2011.

30 octobre 2011

L'Australie à la poursuite de son "requin blanc tueur"

Julian Ashton. Fight with a shark in Geelong Bay (1881, Melbourne).

Même si Jaws a beau atteindre tranquillement ses quarantes bougies, le concept de "requin tueur" qui rôde le long des côtes (le rogue shark comme l'appellent les Anglo-saxons) est toujours très à la mode.

Une fois encore l'histoire se répète ; une série d'accidents dans une même zone sur une période courte, et il n'en faut pas plus pour que l'Etat d'Australie Occidentale organise une traque au requin blanc "tueur" (voir ce report video de NBC). Une décision qui a de quoi surprendre de la part de ce pays, qui a inscrit le grand requin blanc au nombre des espèces à protéger, et qui devrait pourtant être au fait de la présence de requins sur ses côtes.

Revenons sur les événements :

Le 4 septembre dernier, un jeune bodyboarder est tué à Bunker Bay (250 km au sud de Perth).

Le 10 octobre, un nageur australien de 64 ans est porté disparu à Cottesloe Beach, une des plages de Perth. Seule sa combinaison de plongée a été retrouvée, portant des traces de morsures d'un grand squale.

Le 22 octobre, c'est un plongeur américain de 32 ans qui trouve la mort lors d'une session de chasse sous-marine près de Rottnest Island, à une vingtaine de kilomètres au large de Perth.

Pour l'Etat du Western Australia, 3 accidents mortels en 7 semaines, c'est effectivement de l'inédit.
D'ou un ruage dans les brancards ; le Premier ministre de l'Etat a ordonné l'organisation d'une chasse pour capturer LE squale coupable, un "catch and destroy" du supposé rogue shark.

Dès le 23 octobre, un repérage aerien et six lignes de pêche ont été installées. Mais jusque là le dispositif n'a rien donné...


... et ne donnera probablement rien.

Nous ne reviendrons pas une nouvelle fois sur l'inefficacité et l'inutilité de telles mesures, ni sur la théorie simpliste du rogue shark appliquée au grand requin blanc, qui n'a jamais pu être confirmée scientifiquement - elle est même largement réfutée, au vu des connaissances actuelles.

Par contre, en regardant de plus près ces trois accidents, on s'aperçoit que sur au moins 2 des cas, les conditions in situ étaient pour le moins hasardeuses.

Comme déjà reporté dans ce post, le bodyboarder de Bunker Bay était à l'eau dans des conditions que tout surfeur aguerri évaluerait comme optimum à une mauvaise rencontre : en eau trouble, par ciel couvert et pluie fine, avec une forte activité de la faune marine le matin (présence de baleine et dauphins), sans compter la colonie d'otarie présente à 800m du spot.

Le plongeur américain pratiquait le spearfishing (chasse sous-marine) apparemment seul. D'éventuels poissons blessés et/ou en détresse n'auront pas manqué d'attirer la curiosité de prédateurs. Rodney Fox pourrait en témoigner, le spearfishing en solo est une activité à haut risque dans une zone connue pour être patrouillée par le White Pointer (le nom australien du grand requin blanc), surtout à cette période de l'année ou les baleines effectuent leur migration le long de la côte ouest.

Il y a un an, à la même époque à Rottnest Island, la carcasse de l'une d'elle s'est retrouvée "recyclée" par quelques White Pointers comme on peut le voir dans cette vidéo (un évènement fréquent sur les côtes Californiennes et d'Afrique du Sud également) :


On peut se demander pourquoi dans ces conditions des opérateurs continuent-ils à emmener des touristes pratiquer la chasse sous-marine à cette périose dans la même zone ?

Reste le cas du nageur. Visiblement l'homme avait l'habitude de faire quelques brasses matinales sur cette plage. Les informations sont imprécises sur les conditions, mais il est de notoriété que se mettre à l'eau au lever ou au coucher du soleil, heures auxquelles les grands requins se mettent en chasse, est à proscrire.

Notons aussi que le grand requin blanc n'a pas encore été formellement identifié dans aucun des trois cas. Certains parlent déjà d'un requin tigre concernant l'accident de Rottnest Island.

Depuis une semaine, cette décision de traque au requin a provoqué un tollé certain.

Pour exemple, la réaction de la Fondation Rodney Fox par cette lettre qui rappelle que pour "réguler" il faudrait d'abord posséder des datas et des statistiques fiables sur les populations de requins blancs en Australie (données inconnues pour le moment), et qui met l'accent sur la fréquentation, en constante hausse, de l'homme en milieu marin, en corrélation directe avec les interactions hommes/requins.

Une pétition contre cette décision a également été mise en place : www.thepetitionsite.com/4/stop-the-shark-cull/


Pour rappel, et pour relativiser, l'ISAF (International Shark Attack Files) a répertorié pour l'Australie 52 accidents (dont 27 mortels) qui impliquent le grand requin blanc... depuis 1876.
voir la carte (fev. 2011).

→ lire aussi l'article (en anglais) de The Conservation
voir le report video d'ABC
→ les articles (en anglais) de The Australian du 23 et 24 octobre 2011