Forte activité des requins blancs à Cape Cod (Massasuchetts, USA) en ce moment. Tout récemment encore le 22 juillet dernier, du côté de Monomoy Island au sud de la ville de Chatham, une famille a pu assister au repas d'un requin depuis le pont de leur bateau.
Les phoques gris en nombre sur les bancs de sables et les shark sightings ayant augmenté ces jours-ci, Chatham a pris la précaution hier de fermer ses plages à la baignade, coté océan, jusqu'à nouvel ordre.
→ lire aussi notre petit topo sur les requins blancs de Cape Cod.
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31 août 2012
09 août 2012
Cape Cod: Les grands requins blancs de retour
Les signalements de grands requins blancs en Atlantique nord (côte Est du Canada et des USA pour la plupart) furent assez peu nombreux depuis les 50's, la quasi-totalité du fait de prises accidentelles dans des filets de pêche.
A partir des années 60, les loisirs récréatifs en mer émergeant en force, la popularisation de la pêche dite sportive a également malmené les quelques grands requins blancs croisés au large. Il était alors de bon ton de ramener son gros requin mort au port en guise de trophée (photo ci-contre: Frank Mundus, célèbre chasseur de requins à Montauk, NY)... jusqu'à la protection effective de l'espèce aux USA fin des années 90.
Après l'épisode de 2004, où un grand requin blanc avait séjourné près de 2 semaines dans un étang salé (voir notre précédent post), c'est toujours dans les eaux du Massachusetts, à Cape Cod que les Carcharias ont refait parler d'eux.
Depuis le Marine Mammal Protection Act de 1972, les pinnipèdes bénéficient d'une protection aux USA. Quasi décimées il y a encore 50 ans, les populations présentes en Amérique du Nord se sont reconstituées et continuent de croître. Ainsi depuis une petite dizaine d'années, la ville de Chatham voit les colonies de phoque communs (Phoca vitulina) et de phoque gris (Halichoerus grypus), notamment celle établie au sud de la ville sur Monomoy Island, fortement augmenter et draîner dans son sillage leur plus célèbre prédateur: le grand requin blanc.
C'est à partir de 2007 que les premiers témoignages directs de prédations sur des phoques ont été médiatisés (comme avec ce report vidéo), attestant bel et bien la présence saisonnière de quelques requins blancs les mois d'été.
Fin septembre 2009, plusieurs requins blancs sont spottés en l'espace de quelques jours. Le parcours et les habitudes des grands requins blancs de l'Atlantique nord étant toujours mal connus, une session de tagging est organisé derechef (on avait évoqué le sujet avec ce post). Supervisé par Greg Skomal du Massachusetts Division of Marine Fisheries et épaulé par le combo avion + bateau des Cape Cod Shark Hunters, l'équipe réussit à marquer avec succès 5 requins blancs.
Pour Greg Skomal, interrogé en juin 2010 dans cette vidéo, il était clair que les grands blancs reviendraient du côté de Chatham dès l'été... et les années suivantes.
Et effectivement, la moisson de tags fut encore meilleure en 2010, avec 7 requins blancs marqués. Discovery Channel, toujours dans les bons coups quand il s'agit de requins, a même fait le déplacement pour être au plus près de l'action. Le résultat : Jaws Comes Home, un documentaire diffusé en 2011 pour la traditionnelle Shark Week.
Avec quelques grands requins patrouillant parfois non loin des côtes, les autorités de Chatham, qui s'y étaient préparées, ont du fermer les plages à quelques reprises durant les trois dernières années. Du pain béni pour les chaines de télé US, trop contentes de faire le parallèle avec Jaws (Martha's Vineyard, les lieux du tournage des Dents de la Mer n'est pas loin). Depuis 2010, elles occupent le terrain à coup d'envoyés spéciaux, prêtes à filmer le moindre bout d'aileron des fois que...
Phénomène moins prévisible, la présence des squales a attiré également de plus en plus de touristes, curieux de voir le mythique requin blanc, ce qui n'est pas pour déplaire (pour l'instant) aux boutiquiers et tour operators locaux.
En 2012, comme prévu, les requins blancs sont bien de retour à Cape Cod.
Dès le 21 juin, les ping des tags de deux grands blancs sont détectés, et début juillet, le repérage visuel par avion est effectué...
... occasionnant la première alerte et fermeture de plages comme ici à Nauset Beach (ville d'Orleans au nord de Chatham) le 7 juillet.
Le lendemain, 8 juillet, toujours à Nauset Beach, la situation s'emballe un petit peu quand une nageoire dorsale fait une apparition derrière l'aprenti kayaker Walter Szuch Jr, en vacances dans la région. Sans tarder la photo fait le tour du monde. L'homme n'a pas été inquiété mais en est quitte pour raconter son histoire tout l'été.
Le hasard faisant bien les choses, le même jour à Pleasure Point près de Santa Cruz (côte ouest des USA), un grand requin blanc n'a pas été si timide et a laissé quelques traces de dents sur le kayak d'un homme qui péchait à la lisière du kelp, sans gravité. Mais revenons à Cape Cod.
Le 9 juillet, le premier requin blanc de la saison est marqué, tandis que les autorités restent vigilantes. Les recommandations sont claires et répétées depuis 2010 : éviter de nager au lever et coucher de soleil, ne pas s'approcher des pinnipèdes à moins de 300 pieds (91 m).
Le 13, un lifeguard de Nauset Light Beach regagne le rivage vigoureusement après avoir aperçu un requin non loin. Le 17 juillet, 3 plages sont fermées à Nantucket.
Le 30 juillet, plus au nord à Truro, Ballston Beach, les choses deviennent plus sérieuses.
Vers 15h30, Chris Myers nage avec son fils à une cinquantaine de mètres du rivage. Après avoir tenté de rejoindre un banc de sable, ils font demi-tour. Myers sent alors quelquechose lui attrapper le pied. Il se dégage, donne quelque coups de pieds. Une dorsale fait surface entre les deux hommes, mais le requin n'insiste pas. Mordu superficiellement aux pieds, Myers parvient à regagner le rivage et est rapidement secouru.
Ce coin de plage n'était pas surveillé, et ce depuis 1984, après des coupes budgétaires. Myers affirmera après coup qu'il n'était pas vraiment au courant de la présence de requins à Cape Cod. Surprenant avec un tel tapage médiatique depuis 2 ans. D'autant qu'un peu plus au nord de Truro, s'étalant sur les bancs de sable, se trouve une importante colonie de phoques.
Depuis 1936 le Massachusetts n'avait déploré aucun accident dû à un requin. Les populations de phoques augmentant, les requins sont-ils plus nombreux par rapport aux années précédentes? Probable mais difficile à dire, d'où l'intérêt du programme de marquage en cours.
Néanmoins, avec ce premier incident, cette année pourrait marquer un tournant. Combien de temps avant d'entendre la solution filets anti-requins pointer le bout du nez?
→ le site des Cape Code Shark Hunters: www.capecodsharkhunters.com
→ Le programme de marquage sur le site du Massachusetts Division of Marine Fisheries.
→ Cape Cod, Monomoy Island et ses phoques vu des airs sur Youtube.
→ Capecodonline.com rubrique sharks.
A partir des années 60, les loisirs récréatifs en mer émergeant en force, la popularisation de la pêche dite sportive a également malmené les quelques grands requins blancs croisés au large. Il était alors de bon ton de ramener son gros requin mort au port en guise de trophée (photo ci-contre: Frank Mundus, célèbre chasseur de requins à Montauk, NY)... jusqu'à la protection effective de l'espèce aux USA fin des années 90.
Après l'épisode de 2004, où un grand requin blanc avait séjourné près de 2 semaines dans un étang salé (voir notre précédent post), c'est toujours dans les eaux du Massachusetts, à Cape Cod que les Carcharias ont refait parler d'eux.
Depuis le Marine Mammal Protection Act de 1972, les pinnipèdes bénéficient d'une protection aux USA. Quasi décimées il y a encore 50 ans, les populations présentes en Amérique du Nord se sont reconstituées et continuent de croître. Ainsi depuis une petite dizaine d'années, la ville de Chatham voit les colonies de phoque communs (Phoca vitulina) et de phoque gris (Halichoerus grypus), notamment celle établie au sud de la ville sur Monomoy Island, fortement augmenter et draîner dans son sillage leur plus célèbre prédateur: le grand requin blanc.
C'est à partir de 2007 que les premiers témoignages directs de prédations sur des phoques ont été médiatisés (comme avec ce report vidéo), attestant bel et bien la présence saisonnière de quelques requins blancs les mois d'été.

Chatham, South Beach. 1er juillet 2012. Blessures suspectes... Photo: Pam and John King http://blog.commonflat.com
Fin septembre 2009, plusieurs requins blancs sont spottés en l'espace de quelques jours. Le parcours et les habitudes des grands requins blancs de l'Atlantique nord étant toujours mal connus, une session de tagging est organisé derechef (on avait évoqué le sujet avec ce post). Supervisé par Greg Skomal du Massachusetts Division of Marine Fisheries et épaulé par le combo avion + bateau des Cape Cod Shark Hunters, l'équipe réussit à marquer avec succès 5 requins blancs.
Pour Greg Skomal, interrogé en juin 2010 dans cette vidéo, il était clair que les grands blancs reviendraient du côté de Chatham dès l'été... et les années suivantes.

Les lieux de marquages au 13 août 2010.
Et effectivement, la moisson de tags fut encore meilleure en 2010, avec 7 requins blancs marqués. Discovery Channel, toujours dans les bons coups quand il s'agit de requins, a même fait le déplacement pour être au plus près de l'action. Le résultat : Jaws Comes Home, un documentaire diffusé en 2011 pour la traditionnelle Shark Week.
Avec quelques grands requins patrouillant parfois non loin des côtes, les autorités de Chatham, qui s'y étaient préparées, ont du fermer les plages à quelques reprises durant les trois dernières années. Du pain béni pour les chaines de télé US, trop contentes de faire le parallèle avec Jaws (Martha's Vineyard, les lieux du tournage des Dents de la Mer n'est pas loin). Depuis 2010, elles occupent le terrain à coup d'envoyés spéciaux, prêtes à filmer le moindre bout d'aileron des fois que...
Phénomène moins prévisible, la présence des squales a attiré également de plus en plus de touristes, curieux de voir le mythique requin blanc, ce qui n'est pas pour déplaire (pour l'instant) aux boutiquiers et tour operators locaux.
En 2012, comme prévu, les requins blancs sont bien de retour à Cape Cod.

Dès le 21 juin, les ping des tags de deux grands blancs sont détectés, et début juillet, le repérage visuel par avion est effectué...
... occasionnant la première alerte et fermeture de plages comme ici à Nauset Beach (ville d'Orleans au nord de Chatham) le 7 juillet.
Le lendemain, 8 juillet, toujours à Nauset Beach, la situation s'emballe un petit peu quand une nageoire dorsale fait une apparition derrière l'aprenti kayaker Walter Szuch Jr, en vacances dans la région. Sans tarder la photo fait le tour du monde. L'homme n'a pas été inquiété mais en est quitte pour raconter son histoire tout l'été.

photo: Shelly Negroti.
Le hasard faisant bien les choses, le même jour à Pleasure Point près de Santa Cruz (côte ouest des USA), un grand requin blanc n'a pas été si timide et a laissé quelques traces de dents sur le kayak d'un homme qui péchait à la lisière du kelp, sans gravité. Mais revenons à Cape Cod.
Le 9 juillet, le premier requin blanc de la saison est marqué, tandis que les autorités restent vigilantes. Les recommandations sont claires et répétées depuis 2010 : éviter de nager au lever et coucher de soleil, ne pas s'approcher des pinnipèdes à moins de 300 pieds (91 m).
Le 13, un lifeguard de Nauset Light Beach regagne le rivage vigoureusement après avoir aperçu un requin non loin. Le 17 juillet, 3 plages sont fermées à Nantucket.
Le 30 juillet, plus au nord à Truro, Ballston Beach, les choses deviennent plus sérieuses.
Vers 15h30, Chris Myers nage avec son fils à une cinquantaine de mètres du rivage. Après avoir tenté de rejoindre un banc de sable, ils font demi-tour. Myers sent alors quelquechose lui attrapper le pied. Il se dégage, donne quelque coups de pieds. Une dorsale fait surface entre les deux hommes, mais le requin n'insiste pas. Mordu superficiellement aux pieds, Myers parvient à regagner le rivage et est rapidement secouru.
Ce coin de plage n'était pas surveillé, et ce depuis 1984, après des coupes budgétaires. Myers affirmera après coup qu'il n'était pas vraiment au courant de la présence de requins à Cape Cod. Surprenant avec un tel tapage médiatique depuis 2 ans. D'autant qu'un peu plus au nord de Truro, s'étalant sur les bancs de sable, se trouve une importante colonie de phoques. Depuis 1936 le Massachusetts n'avait déploré aucun accident dû à un requin. Les populations de phoques augmentant, les requins sont-ils plus nombreux par rapport aux années précédentes? Probable mais difficile à dire, d'où l'intérêt du programme de marquage en cours.
Néanmoins, avec ce premier incident, cette année pourrait marquer un tournant. Combien de temps avant d'entendre la solution filets anti-requins pointer le bout du nez?
→ le site des Cape Code Shark Hunters: www.capecodsharkhunters.com
→ Le programme de marquage sur le site du Massachusetts Division of Marine Fisheries.
→ Cape Cod, Monomoy Island et ses phoques vu des airs sur Youtube.
→ Capecodonline.com rubrique sharks.
29 juillet 2012
Un requin blanc dans l'étang
Greg Skomal et Gretel the shark. Photo MDMF. Le 21 septembre 2004, un grand requin blanc de 14 pieds (4,2 m) est signalé déambulant dans un étang salé à Naushon Island, près de Woods Hole (Massachusetts, USA)...
...(ici la vidéo en version longue).
Le Massachusetts Division of Marine Fisheries est alors alerté et dépêché sur les lieux. Le requin, pas stressé, semble apprécier les eaux paisibles de ce petit lagon raccordé à l'océan par un étroit chenal. En tout cas, l'occasion est trop belle pour le biologiste Greg Skomal. Le 23 septembre, il équipe le squale baptisé Gretel d'un tag satellite (pop up). Il s'agit d'en savoir plus sur les grands blancs de l'Atlantique, encore peu étudiés.
La nouvelle se répand rapidement. Le grand blanc de l'étang fait le bonheur de centaines de curieux, à pied, en bateau ou en kayak. Par sécurité, les autorités mettent rapidement le holà et astreignent le public a une observation depuis la terre ferme.
Entré sûrement à la faveur d'une marée haute, le requin s'est-il piégé? Est-il capable de rejoindre l'Atlantique tout seul? Passé quelques jours, un plan est élaboré pour le raccompagner aux portes de l'océan.

Finalement, c'est le 4 octobre que les scientifiques assistés de pêcheurs locaux réussissent à faire regagner le large à Gretel. Malheureusement, le tag se détache prématurément quelques jours plus tard, privant Skomal de données prometteuses. Gretel reste malgré tout le premier requin blanc marqué en Atlantique.
→ Plus de photos et de documents sur le site du Massachusetts Division of Marine Fisheries.
→ Gretel vue de la berge en video.
→ Un bon article récapitulatif (en anglais) sur ce blog.
27 janvier 2012
Grands Requins Blancs près des côtes
photo : Chris Fallows. www.apexpredators.com
Chaque année, la ville de Cape Town et ses Shark Spotters s'attendent donc à voir les grands requins blancs quitter Seal Island et venir patrouiller plus près des côtes de False Bay (voir aussi le post précédent), et ce dès la fin de l'hiver Sud Africain, soit fin août-début septembre. Un "pic d'observation saisonnier" a lieu, quant à lui, d'octobre à janvier.
La saison commence en général par un communiqué de la ville, relayé par le site de la NSRI et par les médias, comme par exemple avec ce papier du Cape Times du 31 août dernier, qui rappelle au public la vigilance et les précautions d'usages. Les zones les plus sensibles à False Bay sont de manière régulière Fish Hoek et la bande de côte allant de Muizenberg à Macassar Beach.
Grâce au marquage des requins et aux données récoltées en Afrique du Sud depuis les années 2000, le phénomène peut être suivi de plus près par les scientifiques.

Le tableau ci-dessus recueille les datas sur 5 spots à False Bay, de novembre 2004 à janvier 2010. On peut voir que le nombre de requins repérés peut fluctuer fortement d'une année sur l'autre (ex: le mois de janvier à Muizenberg).
Ci-dessous, un tableau plus ancien couvre une période de 3 ans et 11 mois d'observations par les Shark Spotters.

A False Bay, cette migration saisonnière vers les côtes fait toujours l'objet d'un programme d'étude à long terme par les scientifiques du Save Our Seas Shark Centre.
Ces mouvements seraient en partie dû au cycle de reproduction des otaries de Seal Island. Celles-ci mettent bas en novembre-décembre, et les jeunes individus deviennent, au fil des mois, plus agiles et expérimentés, et donc plus difficile à attraper. En conséquence, les requins se réorienteraient sur d'autres proies.
Autre supposition, la migration de certaines espèces de poissons quand l'eau se réchauffe les mois d'été. A cette période, des bancs d'anchois, mulets ou sardines se déplacent plus près des côtes pour se nourrir, et ainsi attirent d'autres poissons tels sérioles, liches, cabillauds, qui à leur tour attirent d'autres plus gros prédateurs incluant certaines espèces de requins dont roussettes, requins renards ou requins cuivres. Ces derniers, ainsi que les raies, ou d'autres poissons de bonne taille font partie du menu d'été du grand requin blanc.
Le phénomène s'observe également tout le long du Western Cape. Près de Gansbaai et dans une moindre mesure à Mossel Bay, les requins blancs délaissent les îlots rocailleux où s'entassent les otaries pour s'aventurer en eaux moins profondes.
![]() |
| photo : White Shark Trust. |
Entre septembre et fin janvier, les grands requins blancs sont également observés plus près des côtes, et à partir d'octobre en eaux peu profondes, près du bord, notamment du côté de Shark Bay, entre Dyer et Pearly Beach.
Assez curieusement, ils disparaissent presque tous en février et mars pour réapparaître en nombre aux alentours de Dyer Island et Geyser Rock vers avril.
Les datas collectées sur une période de 5 ans sur les requins de Dyer et ceux de Shark Bay font apparaître deux populations distinctes. Plus de 9 requins sur 10 vaquant dans les vagues de Shark Bay se trouvent être des femelles, tandis qu'à Dyer Island, le ratio se rééquilibre à 60% de femelles pour 40% de mâles.
Les femelles de Shark Bay présentent des traces fraîches de morsures par leur congénères mâles, autour des fentes branchiales et des nageoires pectorales, peut-être dues à de récents accouplements. La taille de ces femelles varie d'un extrême à l'autre; soit d'assez grande taille (plus de 4 mètres), soit beaucoup plus petit (moins de 2,50 m), ces dernières étant le plus représentées. On trouve peu d'individus de tailles intermédiaires, alors qu'à Dyer Island, la moyenne habituelle se situe dans les 3,50 m.
Plusieurs théories sont envisagées.Zone de chasse ?
Envisagée en premier lieu, cette hypothèse est vite abandonnée. Les fonds sablonneux sont assez dépeuplés et dépourvus en proies potentielles. A part d'occasionnels bancs de dauphins de passage et quelques raies, la chasse en eaux peu profondes n'offrent guère de choix aux abords de Shark Bay. De plus, sur cette zone, les requins ne semblent pas être en mode chasse. Ils se montrent très peu réceptifs aux stimuli du chum, de la traîne mise à l'eau, contrairement à Dyer Island, où ils investissent rapidement les alentours des bateaux de Shark diving.
Nurserie ?
Les requins blancs sont ovovivipares (les oeufs se développent et éclosent dans l'utérus de la femelle) et le temps de gestation pourrait aller jusqu'à 18 mois. Chez quelques espèces de requins, on observe un comportement d'inhibition alimentaire sur les femelles gravides (ou quand elles viennent de mettre bas). Cette inhibition permettrait au requin nouveau-né de ne pas devenir la proie de sa propre mère. Certaines espèces de requins utilisent ces eaux calmes et peu profondes pour mettre bas et pour permettre au jeune d'arriver à maturité. Les individus de petite taille observés à Shark Bay pourraient correspondre à ces jeunes requins blancs nouveaux-nés.
L'accouplement ?
L'accouplement, ainsi que la naissance de grands requins blancs, n'ont toujours pas été observés précisément. On suppose qu'il se déroule de manière similaire aux autres membres de sa famille, les lamnidés. Il se pourrait que les eaux peu profondes permettent un accouplement plus aisé, les mâles devant s'accrocher aux femelles (d'où présences de morsures aux nageoires pectorales et dans la zone branchiales de celles-ci); la paire est obligée d'arrêter de nager, et ce faisant elle coule. Le peu de profondeur éviterait ainsi de couler sur des dizaines de mètres et permettrait une meilleure oxygénation du fait de la proximité des vagues qui brassent l'eau.
Ces études du White Shark Trust montrent que ces requins ont une intéraction et une activité sociale forte dans cette zone. Ils semblent nager d'une manière méthodique, parallèlement à la côte, se croisant à une fréquence qui n'est pas due au seul hasard. Le tout sans signes de comportement agressif ou de compétition entre les individus.
Depuis 2010, une nouveau programme de marquages et d'études est mené par le Dyer Island Conservation Trust sur la zone de Shark Bay.
Cette tendance migratoire saisonnière près des côtes n'est pas exclusive à l'Afrique du Sud.
Aux USA, elle est observée en Californie, en relation avec les zones d'agrégation de leurs proies favorites, lions de mer ou otaries. Le grand requin blanc semble également refaire une timide réapparition sur la côte est, en Atlantique Nord, une zone où il a été trop peu fréquemment aperçu durant les 20 dernières années.
Ainsi la ville de Chatham (Cape Cod, Massasuchetts) en fait maintenant l'expérience depuis 2007, où des grands requins blancs sont régulièrement repérés à partir de fin juin, occasionnant au passage quelques heures de fermeture de plages avoisinantes.
La raison? La présence d'une colonie de phoques gris qui a élu domicile sur Monomoy Island, au sud de la ville, et dont la population a fortement augmenté depuis la dernière dizaine d'année.

Monomoy Island, un grand requin blanc patrouille non loin des phoques. Photo : Massachusetts Division of Marine Fisheries.
Le biologiste Greg Skomal s'est rapidement intéressé à la question et dès septembre 2009, lui et son équipe réussissent à marquer avec succès les premiers requins blancs des eaux de l'Atlantique.
Les cinq requins tagués cette année là (et huit en 2010) ont permis à Skomal de suivre leur pérégrinations. Premiers résultats : les eaux plus au sud, de la Caroline du Nord à la Floride (et non le grand large comme on le supposait) semble être leur destination les mois d'hiver. Affaire à suivre.

Le parcours américain d'un grand blanc marqué en septembre 2009.
Quant à l'Australie, bien que relativement habituée à la présence des grands blancs dans ces eaux, particulièrement dans le sud, les données sont encore insuffisantes pour appréhender précisément les déplacements côtiers de ceux-ci.
Les études se poursuivent, notamment avec un programme de marquage mené par le biologiste Barry Bruce et le CSIRO.

En rouge, la position du requin blanc femelle au 8 juillet 2011.

Tout récemment encore, l'endroit a refait parler de lui : trois requins blancs ont été signalés non loin de la plage il y a une dizaine de jours.
Il est probable qu'en Nouvelle Zélande ou dans le Pacifique Est (côte du Chili) les grands requins blancs suivent des chemins semblables le long des côtes en fonction des saisons et des proies disponibles, pinnipèdes ou poissons. Les données manquent.
Pour clore ce petit topo, finissons sur Shark Week. Avec ces différentes observations de grands blancs près des côtes, films et images à l'appui, la tentation était trop forte pour Discovery Channel. En août dernier, Shark Week a fait deux spéciales sur le sujet : Great White Invasion avec l'habitué Chris Fallows en protagoniste principal...
... et Jaws Comes Home traitant du cas Chatham... Jaws Comes Home ? (soit Les dents de la mer reviennent à la maison), le rapprochement était trop tentant - car Chatham se situe non loin de l'île de Martha's Vineyard, là même où se trouve la ville (fictive) d'Amity.
Comme d'habitude avec Shark Week, on retiendra de ces deux émissions quelques belles séquences mais on passera sur le propos qui ne s'embarrasse jamais de véracités scientifiques ou de considérations analytiques très poussées.
Sources et compléments (tous en anglais) :
→ Treknets and Inshore sharks, un article de Monique Fallows sur les requins blancs de False Bay (janvier 2011).
→ Shark Detectives, un article par Thomas P. Peschak et Michael Scholl publié dans le magazine Africa Geographic en septembre 2005.
→ Sharky Shore, article publié dans The Big Issue (décembre 2005).
→ le site du biologiste Michael Scholl
→ le report video d'ABC sur Youtube sur la présence des grands blancs à Chatham - sept 2009.
→ le report video du Boston Channel sur Youtube à Chatham - juil 2011.
→ une longue enterview audio de Greg Skomal par WGBH radio.
→ Infos et datas sur le programme australien mené par Barry Bruce et Save Our Seas.
→ une vidéo aérienne d'un jeune requin blanc repéré à Hawks Nest en mars 2011.
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