Depuis le début de l'été, une série d'accidents à travers le monde, avidement relayés par les médias, a réactivé la psychose requin... celle-là même qui avait reparue avec les évènements de Sharm-El-Sheikh en Egypte fin 2010.
En France, on n'est pas en reste, on a signalé des requins à St Tropez, Arcachon, Wissant... tout encore surpris qu'on est de voir qu'il y ait des poissons et donc des requins dans les mers.
Dans cette tourbe médiatique, essayons d'y voir plus clair.
île de la Réunion

Pourtant l'île de la Réunion est coutumière de la présence de requins; le requin tigre et le requin bouledogue fréquentent régulièrement ses eaux.
Visiblement désemparée face à la situation (et au chiffre d'affaire en baisse), la municipalité de St Paul a temporairement fermé ses plages puis s'est concertée, cherchant explications et solutions dans le but de gérer le "risque" requin.
Un "comité de pilotage" a été mis en place, suivant 3 axes de travail : connaissance du risque, prévention et gestion. Une base de donnée sur les requins réunionnais devra être établie, des panneaux d'information installés, et l'on parle déjà de Shark Shiels collectifs, boucliers magnétiques anti-requins, sur des bouées rattachées par câble...
Affaire à suivre, mais la création d'une infrastructure officielle compétente semble désormais nécessaire et souhaitable.
→ à lire aussi ce billet de Surf-prevention qui analyse la situation.
Seychelles
Le 1er août, Nicolas Virolle, un français de 36 ans, subit l'assaut d'un requin à une trentaine de mètres de la plage de Anse Lazio, île de Praslin. Gravement blessé, lacéré au ventre et aux jambes, il est déjà mort quand il est ramené sur la plage.
Malgré les nombreux témoins, les autorités évoquent la possibilité d'un accident avec une l'hélice d'un bateau... (ça ne vous rappelle rien?). Sur les lieux, c'est le blackout médiatique. L'indécision et la confusion persistera quelque jours avant que l'on parle finalement d'un grand requin blanc "de passage".
Le 16 août c'est un touriste anglais, Ian Redmond, qui perd la vie au même endroit. Dans la foulée, les autorités ont interdit la baignade et toute autre activité nautique sur l’île de Praslin ainsi que sur les îles avoisinantes.

Assurément encore sous le choc, le gouvernement, pressé par les hôteliers, n'a pas trouvé mieux que de proposer une récompense de £3,000 à qui ramènerait le "requin tueur". La traque a été engagée par les pêcheurs de l'archipel, qui feront un carnage, avec pas moins d'une quarantaine de prises de squales dont un requin tigre de 3,6m.
Réaction désespérée, disproportionnée et stupide, qui bien évidemment ne résoudra rien.
Le gouvernement a également fait appel à l’expertise du KwaZulu Natal Sharks Board, qui préconise début septembre la mise en place de filets de sécurité autour des plages de Praslin. Une mesure déjà en place depuis plus de quarante ans sur les côtes Sud africaines du Kwazula Natal, et qui est maintenant largement contestée. En effet, de nombreux requins ainsi que tortues, dauphins et diverses espèces marines menacées en font les frais, s'empêtrant et mourant asphyxiés dans ces filets.
Le prix à payer pour faire revenir le touriste?
Pourtant d'autres mesures dites proactives ou non-invasives ont déjà fait leurs preuves, tel le repérage par avion ou une surveillance depuis un point plus élevé, dans le style des Shark Spotters d'Afrique du Sud...
A l'heure actuelle, l'examen de fragments de dents laissent supposer fortement à l'implication du requin tigre dans ces deux attaques, selon le rapport de Geremy Cliff du Natal Sharks Board. Cependant, ces fragments doivent être encore examinés.
Russie
Courant août, trois accidents ont eu lieu en 10 jours de temps, tous dans la région du Primorié (côte est de Russie, mer du Japon). Une zone touristique assez fréquentée en été, mais inédite pour des incidents avec des requins.
Le 17 août, un homme de 26 ans est gravement blessé aux avant-bras dans la baie Telyakovsky. Le lendemain à une soixantaine de kilomètres, un jeune garçon de 16 ans est mordu à la jambe près de l'île Jeltouchine. On parle d'un requin de 4 mètres, grand blanc ou requin marteau selon les sources, qui restent assez imprécises.
Ce report d'Euronews précise que le requin a été filmé. Mais on reste sans voix quant aux allégations du "spécialiste" russe, affirmant qu'un requin puisse rester dans les environs s'il a "goûté à la chair humaine"... (fantasme russe ou erreur de traduction?).
Certains scientifiques locaux, eux, invoquent les changements climatiques. Ainsi le chercheur Pavel Kaltchouguine déclare que "selon toute vraisemblance, le requin est arrivé jusqu'à nos côtes à la faveur d'un courant chaud, dû à la montée des températures".
Quoi qu'il en soit, les plages de la région sont rapidement interdites à la baignade et des patrouilles maritimes sont lancées. Puis très vite (inspiré par les événements des Seychelles?), la décision est prise de lancer une chasse au "requin tueur".
Le 27 août, un homme de 25 ans est blessé assez légèrement au bras à Slavyanka, dans la même région, tout juste après que les plages aient été réouvertes. Et la traque au "mangeur d'homme" continue...
→ à lire aussi ce billet de Globalvoices sur les attaques en Russie.
photo: RIA novosti
Durant tout l'été d'autres incidents ont été également signalés à travers le monde; deux surfeurs blessés légèrement en Floride en 3 jours, au Costa Rica, en Afrique du Sud, à Tahiti ou un surfeur a échappé de peu à une morsure, en Caroline du Nord...
L'année 2011 va-t-elle marquer une augmentation significative des interactions entre hommes et requins, une "recrudescence des attaques" comme on peut le lire ici et là ? Encore un peu tôt pour tirer ce genre de conclusion, surtout avec une surmédiatisation jouant à plein régime.
Ce dont on est certain en tout cas, c'est de l'augmentation de la pression humaine sur les mers et les océans : un tourisme de masse, avec toujours plus de monde dans l'eau et plus d'activités nautiques donneront logiquement plus de rencontres...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire