31 juillet 2013
Un tout jeune requin blanc filmé en Turquie
Avec ses 85 cm de long et 12 kg, c'est le plus petit requin blanc jamais filmé.
C'est en mer Égée, en juin 2011, que des pêcheurs d'Altinoluk (côte ouest de la Turquie) ont pris vivant dans leurs filets cette femelle agée seulemnt de quelques jours. Et plutôt que de l'abandonner à son sort, ils ont eu la lucidité (et on les remercie bien), de contacter l'Altinoluk fishermen's cooperative pour documenter l'évènement et relâcher l'animal.
En 2010, trois tout jeunes requins blancs avaient également été capturés dans la même zone, ce qui avait permis de découvrir, grâce à des analyses ADN, que la population de grands blancs en Méditerranée avait des origines.... australiennes.
Ce coin de la mer Égée serait-il une nurserie pour jeunes Carcharias ?
→ lire l'article original ici
29 juillet 2013
Le TRÈS Grand Requin Blanc !
Aujourd'hui on s'attaque à un sujet mythique : la taille maximale du Grand Requin Blanc.
Les récits et témoignages de Carcharodon carcharias de taille gigantesque (sans parler de l'hypothétique survie du Megalodon) circulent depuis bien longtemps.... engendrant d'innombrables histoires, légendes et rumeurs - un mix assez savoureux entre folklore et spéculations.
De nombreux cas (ceux dont on possède une trace à peu près crédible) font toujours débat, et a fait se disputer de nombreux experts.
Après le requin baleine et le requin pélerin, Carcharodon carcharias est le troisième plus grand squale - il est talonné de très près par le requin du Groenland (Somniosus microcephalus) qui peut atteindre 7,3 m de longueur. Le requin dormeur du Pacifique (Somniosus pacificus), et le requin tigre (Galeocerdo cuvier) sont également souvent cités comme atteignant ou dépassant les 7 mètres (tailles qui restent à confirmer).
Il est communément admis que la taille moyenne d'un grand blanc adulte se situe entre 3,5 et 5 mètres pour un poids de 700 à 1,100kg et, comme souvent chez les requins, les femelles sont généralement plus grandes (et plus grosses à taille égale).
Alors qu'en est-il vraiment du plus grand Grand Requin Blanc jamais observé ?... ou plutôt péché et débarqué, les captures étant la principale manière pendant des décennies de pouvoir étudier et examiner des requins.
Pas si simple.
Les captures (même récentes) ne sont pas systématiquement signalées ou correctement documentées. Dans la plupart des cas, la taille de ces requins hors du commun n'est relevée qu'avec des instruments imprécis, quand ce n'est pas une simple estimation à vue d'oeil ou d'après photo.
Il arrive également que le requin en question arrive en pièces détachées, ou qu'il s'agisse d'un specimen ancien. Dans ce cas, les chercheurs peuvent arriver à une estimation des mensurations par calculs et extrapolations en se basant sur les mesures de la mâchoire, dents ou vertèbres...
Méthode fiable ? Le paléontologue Gordon Hubell, probablement l'homme qui a examiné le plus de mâchoires de grand requin blanc au monde, fait remarquer que la structure des dents et leur position sur leur mâchoire peut-être variable selon les individus matures de taille comparables. Autrement dit, les mesures de dents et de vertèbres n'est pas suffisant pour déterminer précisement la longueur d'un requin. La seule manière irréfutable reste donc la mesure d'un specimen complet.
Comment se mesure la taille d'un requin ?
Il existe toute une batterie de mesures dont voici les quatre principales. Ce protocole de mesure, somme toute assez récent, devrait être appliqué si l'on espère obtenir des données morphométriques fiables.
TOT = Longueur totale avec nageoire caudale en position déprimée
TLn = Longueur totale avec nageoire caudale en position naturelle.
PRC = Longueur précaudale
FL = Longueur à la fourche
En france, l'Ifremer par exemple préconise une mesure longueur-fourche (FL) pour les requins pélagiques et une mesure longueur-totale (TLn) pour les roussettes (voir le guide de mesure de l'Ifremer).
Grands, mais vulnérables.
Vous allez le constater, bon nombre de captures de grands specimen de Carcharias sont le fait de prises accessoires (by catch), par différents dispositifs de pêcheries commerciales (chaluts, palangres, filets de fond etc..). C'est d'ailleurs toujours la principale cause de mortalité chez les grands requins blancs.
Sur le pourtour méditerranéen, depuis l'Antiquité, se pratiquait la madrague (tonnara en Italie, almadraba en Espagne), une pêche artisanale (mais organisée) et saisonnière qui consiste à piéger les thons lors de leur migration le long des côtes. Le système varie légèrement selon les lieux. Le plus emblématique, la tonnara sicilienne ; des filets de grandes dimensions sont ancrés et disposés de manière à former un piège à étages successifs, (différentes chambres qu'il faut ouvrir et refermer) dans le but de diriger et rassembler les thons vers la 'chambre de mort'. Une fois les poissons pris au piège, de nombreux bateaux viennent se placer autour cette dernière chambre. Les filets sont ensuite relevés progressivement de manière à resserrer les thons sur quelques mètres carrés... puis c'est la mattanza, la mise à mort.
Durant des siècles passés, il est fort à parier que de nombreux requins blancs, suivant les thons, se sont piegés dans ces tonnare. Aux Baléares, pas moins de 27 grand requins blancs ont été pris dans ces dispositifs entre 1920 et 1976. Cette pêche à la madrague perdure encore de nos jours, même face à la concurrence des thoniers-senneurs et aux moyens modernes de détection.
→ Contadini del Mare, un film de 1955 sur la tonnara de Granitola (Sicile).
→ un article (en espagnol) bien illustré sur l'Almadraba de Tabarca avec report de capture d'un grand blanc en 1946.
La variante en Amérique du Nord, la pêche aux harengs à la fascine (herring weir) était pratiquée depuis toujours par les Amérindiens.
Un système simple mais ingénieux : des branchages entrelacés sur des piquets de bois formant une clôture qui mène à un piège circulaire (dans lequel le poisson ne trouve pas la sortie) et qui fonctionne avec les marées. Là aussi, il a été rapporté quelques captures de grands requins blancs dans ces pièges.
Plus récemment, la pêche 'sportive' et la chasse au trophée a également fragilisé les populations par certains endroits du globe. On en reparle plus loin.
Une liste de très grands requins blancs
classé par ordre de taille reportée et avec leur référence (en bas de page). Une liste bien évidemment non exhaustive...
Hors-concours :
13,1 m (43 ft) - False Bay, Western Cape, Afrique du Sud - 1950s ?
Lawrence G. Green auteur et chroniqueur sud-africain rapporte dans son livre South African Beachcomber (1958) [chapitre 8] en deux lignes à peine ; qu'il a "retrouvé la trace d'une capture d'un grand requin blanc de 43 ft à False Bay il y a des années". Sans autres informations ni sources... [1]
Les vieux "records" :
11,3 m (37 ft) - White Head Island, Nouveau-Brunswick, Canada - juin 1930
Ces 37 ft de longueur sont longtemps passé pour le record absolu... du Guinness Book.
Le squale a été trouvé pris dans une fascine à harengs (herring weir), puis attaché par la queue et tracté contre une digue d'ou il est mort. 210 gallons (795 litres) d'huile ont été extraite du foie. L'ichtyologiste Vadim D. Vladykov (qui cite ce cas dans une publication en 1935) n'a pas documenté cette capture (mensurations rapportée par les pêcheurs). [1] [2]
Une des dents (mâchoire inférieure) en la possession de Vladykov a cependant pu être étudiée par John E. Randall. Celui ci a finalement estimé la longueur du requin à 16-17 ft, - soit entre 5 et 5,30 m - en 1987. [2] Une seconde dent, (issue de la mâchoire supérieure) de 1,7 inches (4,30 cm) de hauteur a pu être examinée par la suite, mais ne remet pas en cause l'estimation de Randall. [1]
De 1930 à 1977, sept captures de requins blancs de tailles variables (de 2,6 à 7,9 m) pris dans des fascines à harengs ont été reportée au Nouveau-Brunswick. [3]
11,1 m (36,5 ft) - Port Fairy, Victoria, Australie - 1870s
Dans le catalogue-inventaire des poissons du British Museum de 1870 se trouve la mention "Jaws from specimen 36,5 ft long, Port Fairey (?) Australia" annoté par Albert Günther. Cette mensuration, reprise dans diverses publications ultérieures, n'a pas tardé à devenir suspicieuse.
La mâchoire fut étudiée en 1962 par le biologiste Perry W. Gilbert (qui note que cette mâchoire ne comporte aucune data, ou inscription, mais que le curator en charge pense qu'il s'agit bien du specimen en question).
Quelques jours plus tard, Gilbert étudie un specimen de 16,5 ft à Durban dont la mâchoire et les dents sont sensiblement de même dimensions.
Il en conclut que les 36,5 ft reportés seraient donc dus à une erreur dans l'enregistrement de cette mesure, et qu'il faudrait lire 16.5 ft, soit... 5 m.[1]
John E. Randall, de son côté, arrive à une estimation de 17,8 ft soit 5,40 m après examen de la mâchoire en 1973. [2]
Cette mâchoire est toujours conservée au Natural History Museum de Londres (photos ici).
Photo © Natural History Museum, London
Des requins blancs géants... cas reportés de 7 à 10 mètres...
basés sur des estimations visuelles et donc à considérer avec prudence (même s'il s'agit assurément de spécimen hors du commun) :
- Sandun, Zhejiang, Chine - 15 mars 2008
10 m (?) pour un poids de 2,500 kg selon une source chinoise. [4] Cas douteux.
Mentionnons aussi le cas d'un requin blanc d'environ 10 mètres et 4 tonnes pris en mer Adriatique (sans plus de détails) rapporté dans le numéro de la revue The Mediterranean Naturalist de Septembre 1891.[1]
- Scopello, Sicile, Italie - 1947
Capturé dans un piège à thon (tonnara), d'une longueur reportée de 9 à 10 mètres pour un poids de 3590 kg (dents de 7 cm). Des photos existent mais ne permettent pas une estimation appropriée. [5]
- Canale de Montecristo, Italie - 20 juillet 1964
Capturé par un pêcheur. Longueur estimée à plus de 9 m pour 1900 kg. [5]
- Canale dell'Isola del Giglio, Italie - 22 juillet 1967
Pris dans un filet. Plus de 9 m. [5]
- Piombino, Italie - 1886
Capturé dans un piège à thon. Longueur estimée entre 8 et 10 mètres pour un poids de plus de 2000 kg une fois vidé. [5]
- Montauk, New York, USA - 23 juin 1978
A 14 miles au large de Montauk, lors d'une partie de pêche, un grand specimen est harponné (une fois) par John Sweetman et son fils sous les yeux (et l'assistance) des six autres personnes à bord du Ebb Tide. Le combat durera plus de 12 heures au bout desquelles le requin réussi à se libérer, et les pêcheurs de rentrer bredouille. Sweetman a estimé la longueur du squale à près de 30 ft (9 m).
→ l'article du Victoria Advocate
- Port'Ercole, Italie - 1933-34
Capturé à la ligne. Environ 8 mètres. [5]
- Grau du Roi, France - 1940s
Capturé. Environ 8 mètres. [5]
- Dakar, Sénégal - 1982
Estimé à environ 8 m (TLn) par l'ichtyologue Juan Antonio Moreno, qui a assisté au débarquement de l'animal. Malheureusement Moreno n'a pas eu l'autorisation de mesurer correctement ni de prendre en photo le squale. [6]
- Port de Loutre, Campobello Island, Nouveau-Brunswick - 22 novembre 1932
Capturé dans une fascine à harengs (herring weir). Estimation de 7,9 m. [3]
- Kraljevika, Croatie - 2 septembre 1934
Capturé dans un piège à thon. Entre 7 et 7,75m. [5]
- Primosten, Croatie - aout 1950
Vu se nourrissant sur une carcasse de baleine. Entre 7 et 8 mètres. [5]
- Majorque (Mallorca), îles Baléares, Espagne
Il a été reporté 4 requins blancs d'une longueur estimée à 7 mètres capturés dans différents pièges à thons aux environs de Majorque (1920s, 1927, 1935 et 1965). [5]
- Granzirri, Sicile, Italie - 9 mars? 1965
Péché. Estimé à plus de 7 m pour environ 3000 kg. [5]
- False Bay, Western Cape, Afrique du Sud - 1970-80s
Le légendaire Submarine, un très impressionnant requin blanc plusieurs fois aperçu patrouillant les eaux de False Bay par les pêcheurs locaux... sa longueur dépasserait les 7 mètres.
Kanga & Malta :
~7m ? (F) - Kangaroo Island, Australie du Sud - 1 avril 1987
Pris dans les filets de Peter Riseley posés à une soixante de mètres de profondeur. Trop lourde pour être remontée à bord, (ni remorquée ?) le corps est attaché le long du bateau. Seule la tête, la dorsale et au moins une nageoire pectorale ont été prélevées et ramenées à terre. Peter Riseley a estimé la taille du squale à 6,9 m (23 ft) au bas mot, en comparant la longueur du requin à la taille de son bateau. [4]
La mâchoire de "Kanga", dont voici une photo sur Flikr est exposée au Wild Life World de Sydney.
~7m ? (F) - Filfla, Malte - 17 avril 1987
Le fameux cas "Malta", prétendant au titre de plus grand requin blanc jamais pris... coupons court à toute espèce de suspense : ce specimen n'a en fait jamais été correctement mesuré.
Découverte en matinée empêtrée dans des lignes de pêche à 3 miles au sud de Filfla, le requin Malta est remorquée par le pêcheur Alfredo Cutajar puis débarquée vers midi à Marsaxlokk, sous le regard d'une foule assez nombreuse. Le requin est vidé puis est entreposé dans un hangar pour la nuit. Le lendemain il est emmené au marché aux poissons. Le même jour, le récit de la capture parait dans un journal local qui donne une estimation de la longueur : environ 18 ft (5,45 m).
John Abela, de son côté, donne la mesure de 7,14 m. Présent au débarquement, il affirme avoir mesuré le squale au sol, deux fois, à l'aide d'une corde. Malheureusement, il est incapable d'en fournir une trace ou preuve irréfutable. Abela admettra même plus tard la possibilité qu'il se soit trompé dans ses mesures... avant finalement de revenir sur sa version initiale.
Alex Buttigieg, également présent le jour du débarquement, estime que le requin ne dépassait pas les 6 m.
Quelques journalistes et experts se sont alors intéressés au cas "Malta".
Dans les années 90, l'expertise de Ian K. Fergusson (et la découverte de nouvelles photos) donne l'estimation de 17-18 ft (5,1-5,4 m), tandis que celle d'Henry Mollet ne réfute pas les possibles 7 m TL défendus par Abela. Alfredo Cutajar, donne également son estimation à 23 ft (7 m) pour un poids de 3 tonnes.
Se basant sur tous les témoignages précédents et sur l'étude des photos, une longueur de 6,68m-6,81m (TOT) et de 6,47-6,60m (TLn) a été finalement établie par Alessandro De Maddalena en 2001. [5] [6]
On peut voir quelques clichés supplémentaires ainsi que la mâchoire de ce specimen dans la première partie du documentaire Jaws of the Mediterranean (toujours visible sur Youtube) avec les principaux intéressés.
→ à lire aussi, l'article très détaillé du site Corsica, Requins de Méditerranée : La taille du célèbre Grand blanc de Malte.
~7m ? (F) - Camogli, Italie - 16 mars 1954
Capturé dans un piège à thon. Un autre requin blanc de plus grande taille a été observé à proximité de la tonnara avant de disparaître. Estimé à environ 7 m (5,20-5,40 m selon l'examen des photos par Ian Fergusson) pour un poids de 1400 kg ou 2000 kg selon les sources. [5]
6,70-7m - Sevenstar Lake Bay (Qixingtan), Hualien, Taiwan - 14 mai 1997
Pris dans un filet. 2500 kg. [4]
~6-7 m (F) - Tour de Léandre, Istanbul, Turquie - 28 dec 1965
Capturé à la ligne puis gaffé. Estimé à 7 m pour 3000 kg. N'excède pas les 6 mètres selon l'examen des photos par Alessandro De Maddalena. [5]
~6-7 m - Scopello, Sicile, Italie - mai 1982
Capturé dans un piège à thon. 1300 kg. [5]
6,40-6,66 m (F) - Ganzirri, Sicile, Italie - 19 juin 1961
Harponné. Estimé à environ 6,40 m pour 1500 kg d'après le pêcheur. Estimé à 6,66m (TOT) selon l'examen des photos par Alessandro De Maddalena. [5]
~6,40 m (F) - Malindi, Kenya - 16 juillet 1996
Longueur reportée : 6,40 m (estimé à 5,70 m (TLn) après mesures des vertèbres) pour un poids estimé de 2,220 kg une fois vidé. Cette femelle portait 14 embryons pesant environ 18-20 kg. [6]
5,94-6,40 m (F) - Cojímar, Cuba - juin 1945
Capturé à la ligne et harponné, "el monstruo de Cojimar" est souvent cité comme étant LE record établi et certifié. Pourtant le requin n'a jamais été correctement mesuré...
C'est le biologiste cubain Luis Howell-Rivero qui a reporté le cas de ce requin blanc de 21 ft (6,40 m) à ses confrères américains H. Bigelow
& W. Schroeder. Ceux ci mentionnent la capture en 1948 (en deux notes de bas de page) dans une de leur publication. Mais il
faut attendre 1974 pour avoir plus de détails sur l'événement, photos à l'appui, dans le journal cubain Mar y Pesca. Selon l'article, le requin a été mesuré (21 ft) mais pas pesé (estimation des pêcheurs : 3175 kg avec un foie de 456 kg) et une des dents mesure au total 2,8 inches (7,1 cm). [1] [2]
Troisième et dernière "réfutation" pour John E. Randall qui estime cette longueur bien exagérée : son expertise de la dent, d'une vertèbre ainsi que l'examen de différentes photos de captures (notamment celle d'un specimen du même ordre à Okinawa en 1986) ramène le "monstre de Cojímar" à une longueur de 16,5 ft soit... 5,40 m.[2]
José I. Castro, qui a obtenu des photos de la part des pêcheurs qui ont débarqué l'animal, rediscute le cas en 2012 : l'une des photos possède une inscription au dos qui mentionne 19,5 ft soit 5,94 m pour un poids de 7,125 lbs (3,230 kg). Pour Castro, la mesure donnée à l'origine par Howell-Rivero est sans doute erronée. [8]
→ deux autres photos de cette capture sont visibles sur ce site.
~6,3 m - Phillip Island, Victoria, Australie - 1987
Capturé par Vic Hislop. Environ 7 m pour un poids de 2,25 tonnes selon la presse. [1]
Mesuré à 20,8 ft (6,33 m) et 2,306 kg (5,085 lb) d'après les mentions reportées sur les photos [4].
→ photos sur Flickr
~6,2 m (F) - Majorca, Baléares, Espagne - mars 1969
Pris dans un piège à thon. D'abord estimé à 8 m et 2500 kg, la longueur est ramenée à 6,2 m après étude de photos. [5]
~6,2 m (M) - Gallipoli, Italie - 18 septembre 1979
Pris dans un filet maillant (trimmel net) à 6 miles au large. Examiné et mesuré par deux biologistes lors du débarquement : 6,20 m pour un poids d'environ 2,700 kg. [5]
~6 m - Paliouri, Halkidiki, Grèce - 1985
Estimé à 6,01-6,18 m (TOT) selon l'examen des photos par Alessandro De Maddalena. [5]
5,97 m (19,6 ft) - Ledge Point, Australie Occidentale - 22 mars 1984
C'est selon J.E.Randall le plus grand requin blanc mesuré précisement. La mâchoire de ce specimen est conservée à Gainsville (Floride) dans la collection de Gordon Hubell.
~5,9 m (F) - Gansbaai, Western Cape, Afrique du Sud - 17 janvier 1987
Pris dans un chalut à sardines par Hendrik Groenewal au large de Danger Point. Longueur reportée entre 5,67 et 6 m (mais probablement jamais mesuré précisément) pour un poids de 1,214 kg (ou 1,241 kg) après extraction du foie (poids total estimé d'environ 1,600 kg).
En France :
~6 m - Marseille, France - 15 octobre 1925
Capturé à l'Estaque près de Marseille. Poids de 1,500 kg. [5] [9]
5,72-5,91 m (F) - Sète, France - 9 janvier 1991
Pris dans un filet de chalutier 45 miles au large de Sète. Estimé à 5,91 m (TOT) et 5,72 m (TLn) après examen des photos par Alessandro de Maddalena. Le requin a été transporté et mis en vente au marché aux poissons de Rungis, puis acheté par un supermarché. [5] [9]
Comme l'atteste la photo (assez surréaliste) ci-dessus, le requin a été dépouillé de toutes ses dents. Et si l'on en croit cet article du 10/01/1991, ce grand requin blanc (devenu requin gris !) a fini dans les assiettes, vendu 39,90F le kilo...
Visiblement ça n'a choqué personne qu'un Carcharhinus plumbeus (notez la faute dans l'article) fasse 6 mètres de long...
5,89 m (F) - Sète, France - 13 oct 1956
Pris dans un filet de chalutier à 3 miles au large de Maguelone et débarqué à Sète. Longueur reportée : 5,89 m (TOT). Foie de 360 kg pour un poids total d'environ 2 tonnes.
Il a été acquis par le musée de zoologie de Lausanne puis en partie taxidermisé pour être exposé. La morphométrie complète a été respectée (le moulage du corps a été effectué d'après le spécimen original, sur lequel ont été montées les dents et nageoires). C'est un des plus grands spécimen au monde conservé par un musée. [5] [9]
Deux cas mediterranéens récents et documentés :
5,87 m (F) - golfe de Gabès, Tunisie - 26 fev 2004
Pris par un thonnier. Longueur 5,87 m (TLn) pour un poids estimé à plus de 2 tonnes. Femelle gravide avec 4 embryons en cours de développement.
→ lire le pdf
5,70 m (F) - île Jabuka, Croatie - 24 juin 2003
Pris dans une senne à thon à 15 miles de l'île Jabuka. Longueur 5,70 (TLn) pour un poids estimé à plus de 2 tonnes.
→ lire le pdf
Ex-record :
5,23 m (F) - Prince Edward Island, Canada - 4 Aout 1983
Pris dans un filet dans le golf du St Laurent par David McKendrick et débarqué à Covehead.
Cette capture a eu lieu en 1983 et non 1988 comme on peut le lire souvent. Il s'agit ici aussi d'un des plus grands requin blanc correctement mesuré... même si les sources ont eu tendance à fluctuer.
Henry Mollet mentionne la longueur de 5,76m [1], tandis que la mensuration de 6,096 m (ou 6,1 m) est régulièrement citée pour ce spécimen.
En fait la longueur exacte est de 5,23m (17,17 ft), mesure prise par Tom Hurlbut, biologiste de Pêches et Océans Canada, qui a effectué la nécropsie du requin. [10]
→ 4 photos de la capture sont visibles sur cette page du GEERG (Groupe d'étude sur les élasmobranches et le requin du Groenland).
Game Fish
Bon nombre de très grands requins blancs ont bien sûr fait les frais de la
pêche sportive "au gros". L'australien Alf Dean
detient toujours le record (homologué IGFA) du plus gros poisson d'eau salé pris à la canne avec un white pointer pêché en Australie du Sud en avril 1959. Son poids exact : 1,208,38 kg (2,664 lb).
Ce "record" tient toujours car en 1959, l'IGFA n'avait pas encore prohibé l'utilisation d'appât à base de mammifère marin (Dean ne s'en privait pas et appatait ses requins avec des marsouins, otaries et/ou des morceaux de baleine).
Le 6 août 1986, Frank Mundus et Donnie Braddick font leur show en débarquant à Montauk (New York, USA) un grand requin blanc mâle de 1,554 kg (3,427 lb) et d'un peu plus de 5 mètres.
Le spécimen a été pris à la faveur d'une carcasse de baleine qui dérivait. Stationnant son bateau près de la baleine, Mundus n'a eu qu'a choisir parmi les différents requins blancs qui se présentaient à la carcasse. Celui ci a été pris, aux dires des intéressés, à la canne à pêche.
→ le newsreport de cette capture sur Youtube.
Mundus avait déjà débarqué en juin 1954 un gros spécimen (2 tonnes selon ses dires) après l'avoir harponné.
Autre "record" : le plus grand requin blanc pris et relâché (catch and release) est un specimen de 5,41 m nommé Apache, pris par l'équipe d'Ocearch lors d'une opération de marquage (ou pour les besoins du tournage d'une série TV, au choix) à l'automne 2009 près de l'île Guadalupe (Mexique)
→ article sur nationalgeographic.com
Fin 2009, la publication de deux photos (ci-dessus) sur le web a fait la joie des tabloids en ligne titrant sur un "Monster shark de plus 6 mètres sillonnant les côtes du Queensland" en Australie.
Les photos montrent un requin blanc de 3 mètres (pris par une drumline) profondément mordu sur les flancs, en train d'être remorqué par les gardes côtes. Pas d'observation directe donc, mais les morsures sont importantes, et celui qui les a infligé pourrait effectivement mesurer plus de 6 mètres... mais il n'a jamais fait reparler de lui.
"a white what?"
Finissons avec un spécimen observé bien vivant cette fois ; le 28 décembre 2005, à Oahu, (archipel d'Hawaii), un grand requin blanc d'environ 6 mètres est filmé en pleine eau par Jimmy Hall. C'est une première pour cette région du globe.
→ l'histoire de cette rencontre en détail sur hawaiisharkencounters.com.
Sources :
[1] Ellis & Mc Cosker : Great White Shark (Stanford University Press, 1991).
[2] Randall, J. E. (1987): Refutation of lengths of' 11.3, 9.0 and 6.4 m attributed to the white shark, Carcharodon carcharias. in Calif. Fish and Game 73(3): 163-168.
[3] R. Aidan Martin & Scott Wallace (2005): COSEWIC Status Report on White Shark - Draft (article consultable en pdf).
[4] Henry F. Mollet sur sa page : http://elasmollet.org/Cc/Cc_list.html
[5] Alessandro De Maddalena & Walter Heim : Mediterranean Great White Sharks. A Comprehensive Study Including All Recorded Sightings. (McFarland, Jefferson. 2012).
[6] De Maddalena, A., Zuffa, M., Lipej, L., Celona, A. (2001): An analysis of the photographic evidences of the largest Great White Sharks (Carcharodon carcharias, Linnaeus, 1758) captured in the Mediterranean Sea with considerations about the maximum size of the species. in Annales, Series historia naturalis, 11(2): 193-206. (article consultable en pdf).
[7] Alessandro De Maddalena & Walter Heim : Great White Sharks preserved in Europeans Museums (Cambridge Scholars Publishing, 2007).
[8] Castro J. I. (2012): A summary of Observations on the Maximum Size Attained by the White Shark, Carcharodon carcharias. p. 85-90. In Domeier, M.L.(Ed) Global perspectives on the biology and life history of the white shark. CRC Press 543p (consultable en pdf).
[9] De Maddalena, A., Zuffa, M. (2009): Historical and contemporary presence of the great white shark, Carcharodon carcharias (Linnaeus, 1758), along the Mediterranean coast of France. in Bollettino del Museo civico di Storia Naturale di Venezia, 59: 81-94 (article consultable en pdf).
[10] Homer S. (1984): Jaws IV : Great white shark netted off Maritime tourist beaches in Equinox Magazine. 14, 127-128.
À suivre ?
John E. Randall écrivait en 1987 :
C'est sans aucun doute que Carcharodon carcharias peut dépasser les 6,1 m de longueur, mais il n'existe à l'heure actuelle aucune trace authentifiée d'une telle taille. Si des requins blancs de 6,1 m existent aujourd'hui, ils doivent être au maximum de leur espérance de vie. Les chances qu'un tel requin survive dans l'océan sans rencontrer de filets ou de palangres, omniprésents, doivent être très faibles. Nous attendons toujours l'observateur fiable qui puisse attester qu'il ou elle ai mesuré un grand requin blanc de plus de 6 mètres et en fournir les preuves suffisantes. [2]
Vingt-cinq ans plus tard, le constat n'a pas été réellement bouleversé.
Alors, quel pourrait être le ou les candidats crédibles (et scientifiquement acceptable) dépassant les 7 mètres, taille maximum quasiment admise de nos jours ? On peut toujours tenter d'en retenir trois :
- Le spécimen de 8 mètres de Dakar en 1982 nous interpelle en premier, car, fait peu courant, il a été documenté par un ichtyologiste à son débarquement au port, et que cette capture est relativement récente.
- Les deux cas Siciliens aux mensurations hallucinantes : celui de Scopello en 1947 et Granzirri en 1965, tous les deux reportés à plus de 7 mètres pour un poids de plus de 3,000 kg...
Pour la suite, il suffit de patienter jusqu'à ce que de nouveaux récits ou d'anciennes archives fassent surface...
Lecture.
Si vous vous intéressez aux grands requins blancs de la zone Méditerranée, on ne peut que vous encourager à vous procurer l'excellent livre de Alessandro De Maddalena et Walter Heim Mediterranean Great White Sharks dont on avait déjà parlé sur ce post. Un travail de recherche et d'archive remarquable (596 cas recensés et détaillés), accompagné d'une analyse passionnante de la présence du grand blanc en Méditerranée. Une mine d'informations qui a inspiré l'élaboration de ce post.
Les récits et témoignages de Carcharodon carcharias de taille gigantesque (sans parler de l'hypothétique survie du Megalodon) circulent depuis bien longtemps.... engendrant d'innombrables histoires, légendes et rumeurs - un mix assez savoureux entre folklore et spéculations.
De nombreux cas (ceux dont on possède une trace à peu près crédible) font toujours débat, et a fait se disputer de nombreux experts.
Juin 2013, Neptune Islands, Australie. Une géante de 6 m apparait par 23 mètres de fond.
Photo : Sam Cahir / Predapix.
Photo : Sam Cahir / Predapix.
Après le requin baleine et le requin pélerin, Carcharodon carcharias est le troisième plus grand squale - il est talonné de très près par le requin du Groenland (Somniosus microcephalus) qui peut atteindre 7,3 m de longueur. Le requin dormeur du Pacifique (Somniosus pacificus), et le requin tigre (Galeocerdo cuvier) sont également souvent cités comme atteignant ou dépassant les 7 mètres (tailles qui restent à confirmer).
Il est communément admis que la taille moyenne d'un grand blanc adulte se situe entre 3,5 et 5 mètres pour un poids de 700 à 1,100kg et, comme souvent chez les requins, les femelles sont généralement plus grandes (et plus grosses à taille égale).
Alors qu'en est-il vraiment du plus grand Grand Requin Blanc jamais observé ?... ou plutôt péché et débarqué, les captures étant la principale manière pendant des décennies de pouvoir étudier et examiner des requins.
Pas si simple.
Les captures (même récentes) ne sont pas systématiquement signalées ou correctement documentées. Dans la plupart des cas, la taille de ces requins hors du commun n'est relevée qu'avec des instruments imprécis, quand ce n'est pas une simple estimation à vue d'oeil ou d'après photo.
Il arrive également que le requin en question arrive en pièces détachées, ou qu'il s'agisse d'un specimen ancien. Dans ce cas, les chercheurs peuvent arriver à une estimation des mensurations par calculs et extrapolations en se basant sur les mesures de la mâchoire, dents ou vertèbres...
Méthode fiable ? Le paléontologue Gordon Hubell, probablement l'homme qui a examiné le plus de mâchoires de grand requin blanc au monde, fait remarquer que la structure des dents et leur position sur leur mâchoire peut-être variable selon les individus matures de taille comparables. Autrement dit, les mesures de dents et de vertèbres n'est pas suffisant pour déterminer précisement la longueur d'un requin. La seule manière irréfutable reste donc la mesure d'un specimen complet.
Comment se mesure la taille d'un requin ?
Il existe toute une batterie de mesures dont voici les quatre principales. Ce protocole de mesure, somme toute assez récent, devrait être appliqué si l'on espère obtenir des données morphométriques fiables.

TOT = Longueur totale avec nageoire caudale en position déprimée
TLn = Longueur totale avec nageoire caudale en position naturelle.
PRC = Longueur précaudale
FL = Longueur à la fourche
En france, l'Ifremer par exemple préconise une mesure longueur-fourche (FL) pour les requins pélagiques et une mesure longueur-totale (TLn) pour les roussettes (voir le guide de mesure de l'Ifremer).

Les chercheurs australiens du CSIRO en train de mesurer une grande femelle.
Photo : OceanwideImages.
Photo : OceanwideImages.
Grands, mais vulnérables.
Vous allez le constater, bon nombre de captures de grands specimen de Carcharias sont le fait de prises accessoires (by catch), par différents dispositifs de pêcheries commerciales (chaluts, palangres, filets de fond etc..). C'est d'ailleurs toujours la principale cause de mortalité chez les grands requins blancs.

Tonnara de Trapani (Sicile).
Sur le pourtour méditerranéen, depuis l'Antiquité, se pratiquait la madrague (tonnara en Italie, almadraba en Espagne), une pêche artisanale (mais organisée) et saisonnière qui consiste à piéger les thons lors de leur migration le long des côtes. Le système varie légèrement selon les lieux. Le plus emblématique, la tonnara sicilienne ; des filets de grandes dimensions sont ancrés et disposés de manière à former un piège à étages successifs, (différentes chambres qu'il faut ouvrir et refermer) dans le but de diriger et rassembler les thons vers la 'chambre de mort'. Une fois les poissons pris au piège, de nombreux bateaux viennent se placer autour cette dernière chambre. Les filets sont ensuite relevés progressivement de manière à resserrer les thons sur quelques mètres carrés... puis c'est la mattanza, la mise à mort.

La Madrague ou la Pêche du thon vue du golfe de Bandol (Vernet, 1755) - Paris, Musée de la Marine.
Durant des siècles passés, il est fort à parier que de nombreux requins blancs, suivant les thons, se sont piegés dans ces tonnare. Aux Baléares, pas moins de 27 grand requins blancs ont été pris dans ces dispositifs entre 1920 et 1976. Cette pêche à la madrague perdure encore de nos jours, même face à la concurrence des thoniers-senneurs et aux moyens modernes de détection.
→ Contadini del Mare, un film de 1955 sur la tonnara de Granitola (Sicile).
→ un article (en espagnol) bien illustré sur l'Almadraba de Tabarca avec report de capture d'un grand blanc en 1946.
La variante en Amérique du Nord, la pêche aux harengs à la fascine (herring weir) était pratiquée depuis toujours par les Amérindiens.

Une fascine sur la côte de l'île Grand Manan (Nouveau-Brunswick, Canada). Photo Stubirdnb
Un système simple mais ingénieux : des branchages entrelacés sur des piquets de bois formant une clôture qui mène à un piège circulaire (dans lequel le poisson ne trouve pas la sortie) et qui fonctionne avec les marées. Là aussi, il a été rapporté quelques captures de grands requins blancs dans ces pièges.
Plus récemment, la pêche 'sportive' et la chasse au trophée a également fragilisé les populations par certains endroits du globe. On en reparle plus loin.

Un specimen de 5,4 m pour 1,930 kg pris à Nanfagao (Taïwan) en novembre 2008.
Photo Yang-I-Min. Source
Photo Yang-I-Min. Source
Une liste de très grands requins blancs
classé par ordre de taille reportée et avec leur référence (en bas de page). Une liste bien évidemment non exhaustive...
Hors-concours :
13,1 m (43 ft) - False Bay, Western Cape, Afrique du Sud - 1950s ?
Lawrence G. Green auteur et chroniqueur sud-africain rapporte dans son livre South African Beachcomber (1958) [chapitre 8] en deux lignes à peine ; qu'il a "retrouvé la trace d'une capture d'un grand requin blanc de 43 ft à False Bay il y a des années". Sans autres informations ni sources... [1]
Les vieux "records" :
11,3 m (37 ft) - White Head Island, Nouveau-Brunswick, Canada - juin 1930
Ces 37 ft de longueur sont longtemps passé pour le record absolu... du Guinness Book.
Le squale a été trouvé pris dans une fascine à harengs (herring weir), puis attaché par la queue et tracté contre une digue d'ou il est mort. 210 gallons (795 litres) d'huile ont été extraite du foie. L'ichtyologiste Vadim D. Vladykov (qui cite ce cas dans une publication en 1935) n'a pas documenté cette capture (mensurations rapportée par les pêcheurs). [1] [2]
Une des dents (mâchoire inférieure) en la possession de Vladykov a cependant pu être étudiée par John E. Randall. Celui ci a finalement estimé la longueur du requin à 16-17 ft, - soit entre 5 et 5,30 m - en 1987. [2] Une seconde dent, (issue de la mâchoire supérieure) de 1,7 inches (4,30 cm) de hauteur a pu être examinée par la suite, mais ne remet pas en cause l'estimation de Randall. [1]
De 1930 à 1977, sept captures de requins blancs de tailles variables (de 2,6 à 7,9 m) pris dans des fascines à harengs ont été reportée au Nouveau-Brunswick. [3]
11,1 m (36,5 ft) - Port Fairy, Victoria, Australie - 1870s
Dans le catalogue-inventaire des poissons du British Museum de 1870 se trouve la mention "Jaws from specimen 36,5 ft long, Port Fairey (?) Australia" annoté par Albert Günther. Cette mensuration, reprise dans diverses publications ultérieures, n'a pas tardé à devenir suspicieuse.
La mâchoire fut étudiée en 1962 par le biologiste Perry W. Gilbert (qui note que cette mâchoire ne comporte aucune data, ou inscription, mais que le curator en charge pense qu'il s'agit bien du specimen en question).Quelques jours plus tard, Gilbert étudie un specimen de 16,5 ft à Durban dont la mâchoire et les dents sont sensiblement de même dimensions.
Il en conclut que les 36,5 ft reportés seraient donc dus à une erreur dans l'enregistrement de cette mesure, et qu'il faudrait lire 16.5 ft, soit... 5 m.[1]
John E. Randall, de son côté, arrive à une estimation de 17,8 ft soit 5,40 m après examen de la mâchoire en 1973. [2]
Cette mâchoire est toujours conservée au Natural History Museum de Londres (photos ici).
Photo © Natural History Museum, London
Des requins blancs géants... cas reportés de 7 à 10 mètres...
basés sur des estimations visuelles et donc à considérer avec prudence (même s'il s'agit assurément de spécimen hors du commun) :
- Sandun, Zhejiang, Chine - 15 mars 2008
10 m (?) pour un poids de 2,500 kg selon une source chinoise. [4] Cas douteux.
Mentionnons aussi le cas d'un requin blanc d'environ 10 mètres et 4 tonnes pris en mer Adriatique (sans plus de détails) rapporté dans le numéro de la revue The Mediterranean Naturalist de Septembre 1891.[1]
- Scopello, Sicile, Italie - 1947
Capturé dans un piège à thon (tonnara), d'une longueur reportée de 9 à 10 mètres pour un poids de 3590 kg (dents de 7 cm). Des photos existent mais ne permettent pas une estimation appropriée. [5]
- Canale de Montecristo, Italie - 20 juillet 1964
Capturé par un pêcheur. Longueur estimée à plus de 9 m pour 1900 kg. [5]
- Canale dell'Isola del Giglio, Italie - 22 juillet 1967
Pris dans un filet. Plus de 9 m. [5]
- Piombino, Italie - 1886
Capturé dans un piège à thon. Longueur estimée entre 8 et 10 mètres pour un poids de plus de 2000 kg une fois vidé. [5]
- Montauk, New York, USA - 23 juin 1978
A 14 miles au large de Montauk, lors d'une partie de pêche, un grand specimen est harponné (une fois) par John Sweetman et son fils sous les yeux (et l'assistance) des six autres personnes à bord du Ebb Tide. Le combat durera plus de 12 heures au bout desquelles le requin réussi à se libérer, et les pêcheurs de rentrer bredouille. Sweetman a estimé la longueur du squale à près de 30 ft (9 m).
→ l'article du Victoria Advocate
- Port'Ercole, Italie - 1933-34
Capturé à la ligne. Environ 8 mètres. [5]
- Grau du Roi, France - 1940s
Capturé. Environ 8 mètres. [5]
- Dakar, Sénégal - 1982
Estimé à environ 8 m (TLn) par l'ichtyologue Juan Antonio Moreno, qui a assisté au débarquement de l'animal. Malheureusement Moreno n'a pas eu l'autorisation de mesurer correctement ni de prendre en photo le squale. [6]
- Port de Loutre, Campobello Island, Nouveau-Brunswick - 22 novembre 1932
Capturé dans une fascine à harengs (herring weir). Estimation de 7,9 m. [3]
- Kraljevika, Croatie - 2 septembre 1934
Capturé dans un piège à thon. Entre 7 et 7,75m. [5]
- Primosten, Croatie - aout 1950
Vu se nourrissant sur une carcasse de baleine. Entre 7 et 8 mètres. [5]
- Majorque (Mallorca), îles Baléares, Espagne
Il a été reporté 4 requins blancs d'une longueur estimée à 7 mètres capturés dans différents pièges à thons aux environs de Majorque (1920s, 1927, 1935 et 1965). [5]
- Granzirri, Sicile, Italie - 9 mars? 1965
Péché. Estimé à plus de 7 m pour environ 3000 kg. [5]
- False Bay, Western Cape, Afrique du Sud - 1970-80s
Le légendaire Submarine, un très impressionnant requin blanc plusieurs fois aperçu patrouillant les eaux de False Bay par les pêcheurs locaux... sa longueur dépasserait les 7 mètres.
Kanga & Malta :
~7m ? (F) - Kangaroo Island, Australie du Sud - 1 avril 1987

Le plus grand, vraiment ?
Pris dans les filets de Peter Riseley posés à une soixante de mètres de profondeur. Trop lourde pour être remontée à bord, (ni remorquée ?) le corps est attaché le long du bateau. Seule la tête, la dorsale et au moins une nageoire pectorale ont été prélevées et ramenées à terre. Peter Riseley a estimé la taille du squale à 6,9 m (23 ft) au bas mot, en comparant la longueur du requin à la taille de son bateau. [4]

La mâchoire de "Kanga", dont voici une photo sur Flikr est exposée au Wild Life World de Sydney.
~7m ? (F) - Filfla, Malte - 17 avril 1987
Le fameux cas "Malta", prétendant au titre de plus grand requin blanc jamais pris... coupons court à toute espèce de suspense : ce specimen n'a en fait jamais été correctement mesuré.
Découverte en matinée empêtrée dans des lignes de pêche à 3 miles au sud de Filfla, le requin Malta est remorquée par le pêcheur Alfredo Cutajar puis débarquée vers midi à Marsaxlokk, sous le regard d'une foule assez nombreuse. Le requin est vidé puis est entreposé dans un hangar pour la nuit. Le lendemain il est emmené au marché aux poissons. Le même jour, le récit de la capture parait dans un journal local qui donne une estimation de la longueur : environ 18 ft (5,45 m).

Photo : John Abela.
John Abela, de son côté, donne la mesure de 7,14 m. Présent au débarquement, il affirme avoir mesuré le squale au sol, deux fois, à l'aide d'une corde. Malheureusement, il est incapable d'en fournir une trace ou preuve irréfutable. Abela admettra même plus tard la possibilité qu'il se soit trompé dans ses mesures... avant finalement de revenir sur sa version initiale.
Alex Buttigieg, également présent le jour du débarquement, estime que le requin ne dépassait pas les 6 m.
Quelques journalistes et experts se sont alors intéressés au cas "Malta".Dans les années 90, l'expertise de Ian K. Fergusson (et la découverte de nouvelles photos) donne l'estimation de 17-18 ft (5,1-5,4 m), tandis que celle d'Henry Mollet ne réfute pas les possibles 7 m TL défendus par Abela. Alfredo Cutajar, donne également son estimation à 23 ft (7 m) pour un poids de 3 tonnes.
Se basant sur tous les témoignages précédents et sur l'étude des photos, une longueur de 6,68m-6,81m (TOT) et de 6,47-6,60m (TLn) a été finalement établie par Alessandro De Maddalena en 2001. [5] [6]
On peut voir quelques clichés supplémentaires ainsi que la mâchoire de ce specimen dans la première partie du documentaire Jaws of the Mediterranean (toujours visible sur Youtube) avec les principaux intéressés.

Alfredo Cutajar (centre) et Ian Fergusson (droite) en plein débat.
→ à lire aussi, l'article très détaillé du site Corsica, Requins de Méditerranée : La taille du célèbre Grand blanc de Malte.

Mesures et estimations comparatives entre Kanga et Malta - à l'avantage de Kanga.
Mollet et al (1996): A review of length validation methods and protocols to measure large white sharks.
Mollet et al (1996): A review of length validation methods and protocols to measure large white sharks.
~7m ? (F) - Camogli, Italie - 16 mars 1954
Capturé dans un piège à thon. Un autre requin blanc de plus grande taille a été observé à proximité de la tonnara avant de disparaître. Estimé à environ 7 m (5,20-5,40 m selon l'examen des photos par Ian Fergusson) pour un poids de 1400 kg ou 2000 kg selon les sources. [5]

6,70-7m - Sevenstar Lake Bay (Qixingtan), Hualien, Taiwan - 14 mai 1997
Pris dans un filet. 2500 kg. [4]

~6-7 m (F) - Tour de Léandre, Istanbul, Turquie - 28 dec 1965
Capturé à la ligne puis gaffé. Estimé à 7 m pour 3000 kg. N'excède pas les 6 mètres selon l'examen des photos par Alessandro De Maddalena. [5]
~6-7 m - Scopello, Sicile, Italie - mai 1982
Capturé dans un piège à thon. 1300 kg. [5]
6,40-6,66 m (F) - Ganzirri, Sicile, Italie - 19 juin 1961
Harponné. Estimé à environ 6,40 m pour 1500 kg d'après le pêcheur. Estimé à 6,66m (TOT) selon l'examen des photos par Alessandro De Maddalena. [5]
~6,40 m (F) - Malindi, Kenya - 16 juillet 1996
Longueur reportée : 6,40 m (estimé à 5,70 m (TLn) après mesures des vertèbres) pour un poids estimé de 2,220 kg une fois vidé. Cette femelle portait 14 embryons pesant environ 18-20 kg. [6]
5,94-6,40 m (F) - Cojímar, Cuba - juin 1945
Capturé à la ligne et harponné, "el monstruo de Cojimar" est souvent cité comme étant LE record établi et certifié. Pourtant le requin n'a jamais été correctement mesuré...
Troisième et dernière "réfutation" pour John E. Randall qui estime cette longueur bien exagérée : son expertise de la dent, d'une vertèbre ainsi que l'examen de différentes photos de captures (notamment celle d'un specimen du même ordre à Okinawa en 1986) ramène le "monstre de Cojímar" à une longueur de 16,5 ft soit... 5,40 m.[2]

Cojimar 1945 - Les photos aurait été prises par un reporter français du journal Le Monde en vacances à Cuba.
José I. Castro, qui a obtenu des photos de la part des pêcheurs qui ont débarqué l'animal, rediscute le cas en 2012 : l'une des photos possède une inscription au dos qui mentionne 19,5 ft soit 5,94 m pour un poids de 7,125 lbs (3,230 kg). Pour Castro, la mesure donnée à l'origine par Howell-Rivero est sans doute erronée. [8]
→ deux autres photos de cette capture sont visibles sur ce site.
~6,3 m - Phillip Island, Victoria, Australie - 1987
Capturé par Vic Hislop. Environ 7 m pour un poids de 2,25 tonnes selon la presse. [1]
Mesuré à 20,8 ft (6,33 m) et 2,306 kg (5,085 lb) d'après les mentions reportées sur les photos [4].
~6,2 m (F) - Majorca, Baléares, Espagne - mars 1969
Pris dans un piège à thon. D'abord estimé à 8 m et 2500 kg, la longueur est ramenée à 6,2 m après étude de photos. [5]
~6,2 m (M) - Gallipoli, Italie - 18 septembre 1979
Pris dans un filet maillant (trimmel net) à 6 miles au large. Examiné et mesuré par deux biologistes lors du débarquement : 6,20 m pour un poids d'environ 2,700 kg. [5]

~6 m - Paliouri, Halkidiki, Grèce - 1985
Estimé à 6,01-6,18 m (TOT) selon l'examen des photos par Alessandro De Maddalena. [5]
5,97 m (19,6 ft) - Ledge Point, Australie Occidentale - 22 mars 1984
C'est selon J.E.Randall le plus grand requin blanc mesuré précisement. La mâchoire de ce specimen est conservée à Gainsville (Floride) dans la collection de Gordon Hubell.
~5,9 m (F) - Gansbaai, Western Cape, Afrique du Sud - 17 janvier 1987
Pris dans un chalut à sardines par Hendrik Groenewal au large de Danger Point. Longueur reportée entre 5,67 et 6 m (mais probablement jamais mesuré précisément) pour un poids de 1,214 kg (ou 1,241 kg) après extraction du foie (poids total estimé d'environ 1,600 kg).

En France :
~6 m - Marseille, France - 15 octobre 1925
Capturé à l'Estaque près de Marseille. Poids de 1,500 kg. [5] [9]
5,72-5,91 m (F) - Sète, France - 9 janvier 1991
Pris dans un filet de chalutier 45 miles au large de Sète. Estimé à 5,91 m (TOT) et 5,72 m (TLn) après examen des photos par Alessandro de Maddalena. Le requin a été transporté et mis en vente au marché aux poissons de Rungis, puis acheté par un supermarché. [5] [9]

Comme l'atteste la photo (assez surréaliste) ci-dessus, le requin a été dépouillé de toutes ses dents. Et si l'on en croit cet article du 10/01/1991, ce grand requin blanc (devenu requin gris !) a fini dans les assiettes, vendu 39,90F le kilo...
Visiblement ça n'a choqué personne qu'un Carcharhinus plumbeus (notez la faute dans l'article) fasse 6 mètres de long...
5,89 m (F) - Sète, France - 13 oct 1956
Pris dans un filet de chalutier à 3 miles au large de Maguelone et débarqué à Sète. Longueur reportée : 5,89 m (TOT). Foie de 360 kg pour un poids total d'environ 2 tonnes.
Il a été acquis par le musée de zoologie de Lausanne puis en partie taxidermisé pour être exposé. La morphométrie complète a été respectée (le moulage du corps a été effectué d'après le spécimen original, sur lequel ont été montées les dents et nageoires). C'est un des plus grands spécimen au monde conservé par un musée. [5] [9]
Deux cas mediterranéens récents et documentés :
5,87 m (F) - golfe de Gabès, Tunisie - 26 fev 2004
Pris par un thonnier. Longueur 5,87 m (TLn) pour un poids estimé à plus de 2 tonnes. Femelle gravide avec 4 embryons en cours de développement.
→ lire le pdf
5,70 m (F) - île Jabuka, Croatie - 24 juin 2003
Pris dans une senne à thon à 15 miles de l'île Jabuka. Longueur 5,70 (TLn) pour un poids estimé à plus de 2 tonnes.
→ lire le pdf
Ex-record :
5,23 m (F) - Prince Edward Island, Canada - 4 Aout 1983
Pris dans un filet dans le golf du St Laurent par David McKendrick et débarqué à Covehead.
Cette capture a eu lieu en 1983 et non 1988 comme on peut le lire souvent. Il s'agit ici aussi d'un des plus grands requin blanc correctement mesuré... même si les sources ont eu tendance à fluctuer.
Henry Mollet mentionne la longueur de 5,76m [1], tandis que la mensuration de 6,096 m (ou 6,1 m) est régulièrement citée pour ce spécimen.
En fait la longueur exacte est de 5,23m (17,17 ft), mesure prise par Tom Hurlbut, biologiste de Pêches et Océans Canada, qui a effectué la nécropsie du requin. [10]
→ 4 photos de la capture sont visibles sur cette page du GEERG (Groupe d'étude sur les élasmobranches et le requin du Groenland).
Game Fish
Bon nombre de très grands requins blancs ont bien sûr fait les frais de la
pêche sportive "au gros". L'australien Alf Dean
detient toujours le record (homologué IGFA) du plus gros poisson d'eau salé pris à la canne avec un white pointer pêché en Australie du Sud en avril 1959. Son poids exact : 1,208,38 kg (2,664 lb). Ce "record" tient toujours car en 1959, l'IGFA n'avait pas encore prohibé l'utilisation d'appât à base de mammifère marin (Dean ne s'en privait pas et appatait ses requins avec des marsouins, otaries et/ou des morceaux de baleine).
Le 6 août 1986, Frank Mundus et Donnie Braddick font leur show en débarquant à Montauk (New York, USA) un grand requin blanc mâle de 1,554 kg (3,427 lb) et d'un peu plus de 5 mètres.
Le spécimen a été pris à la faveur d'une carcasse de baleine qui dérivait. Stationnant son bateau près de la baleine, Mundus n'a eu qu'a choisir parmi les différents requins blancs qui se présentaient à la carcasse. Celui ci a été pris, aux dires des intéressés, à la canne à pêche.
→ le newsreport de cette capture sur Youtube.
Mundus avait déjà débarqué en juin 1954 un gros spécimen (2 tonnes selon ses dires) après l'avoir harponné.

Braddick et Mundus - Photo : James Marshall
Autre "record" : le plus grand requin blanc pris et relâché (catch and release) est un specimen de 5,41 m nommé Apache, pris par l'équipe d'Ocearch lors d'une opération de marquage (ou pour les besoins du tournage d'une série TV, au choix) à l'automne 2009 près de l'île Guadalupe (Mexique)
→ article sur nationalgeographic.com

Fin 2009, la publication de deux photos (ci-dessus) sur le web a fait la joie des tabloids en ligne titrant sur un "Monster shark de plus 6 mètres sillonnant les côtes du Queensland" en Australie.
Les photos montrent un requin blanc de 3 mètres (pris par une drumline) profondément mordu sur les flancs, en train d'être remorqué par les gardes côtes. Pas d'observation directe donc, mais les morsures sont importantes, et celui qui les a infligé pourrait effectivement mesurer plus de 6 mètres... mais il n'a jamais fait reparler de lui.
"a white what?"
Finissons avec un spécimen observé bien vivant cette fois ; le 28 décembre 2005, à Oahu, (archipel d'Hawaii), un grand requin blanc d'environ 6 mètres est filmé en pleine eau par Jimmy Hall. C'est une première pour cette région du globe.
→ l'histoire de cette rencontre en détail sur hawaiisharkencounters.com.
Sources :
[1] Ellis & Mc Cosker : Great White Shark (Stanford University Press, 1991).
[2] Randall, J. E. (1987): Refutation of lengths of' 11.3, 9.0 and 6.4 m attributed to the white shark, Carcharodon carcharias. in Calif. Fish and Game 73(3): 163-168.
[3] R. Aidan Martin & Scott Wallace (2005): COSEWIC Status Report on White Shark - Draft (article consultable en pdf).
[4] Henry F. Mollet sur sa page : http://elasmollet.org/Cc/Cc_list.html
[5] Alessandro De Maddalena & Walter Heim : Mediterranean Great White Sharks. A Comprehensive Study Including All Recorded Sightings. (McFarland, Jefferson. 2012).
[6] De Maddalena, A., Zuffa, M., Lipej, L., Celona, A. (2001): An analysis of the photographic evidences of the largest Great White Sharks (Carcharodon carcharias, Linnaeus, 1758) captured in the Mediterranean Sea with considerations about the maximum size of the species. in Annales, Series historia naturalis, 11(2): 193-206. (article consultable en pdf).
[7] Alessandro De Maddalena & Walter Heim : Great White Sharks preserved in Europeans Museums (Cambridge Scholars Publishing, 2007).
[8] Castro J. I. (2012): A summary of Observations on the Maximum Size Attained by the White Shark, Carcharodon carcharias. p. 85-90. In Domeier, M.L.(Ed) Global perspectives on the biology and life history of the white shark. CRC Press 543p (consultable en pdf).
[9] De Maddalena, A., Zuffa, M. (2009): Historical and contemporary presence of the great white shark, Carcharodon carcharias (Linnaeus, 1758), along the Mediterranean coast of France. in Bollettino del Museo civico di Storia Naturale di Venezia, 59: 81-94 (article consultable en pdf).
[10] Homer S. (1984): Jaws IV : Great white shark netted off Maritime tourist beaches in Equinox Magazine. 14, 127-128.
À suivre ?
C'est sans aucun doute que Carcharodon carcharias peut dépasser les 6,1 m de longueur, mais il n'existe à l'heure actuelle aucune trace authentifiée d'une telle taille. Si des requins blancs de 6,1 m existent aujourd'hui, ils doivent être au maximum de leur espérance de vie. Les chances qu'un tel requin survive dans l'océan sans rencontrer de filets ou de palangres, omniprésents, doivent être très faibles. Nous attendons toujours l'observateur fiable qui puisse attester qu'il ou elle ai mesuré un grand requin blanc de plus de 6 mètres et en fournir les preuves suffisantes. [2]
Vingt-cinq ans plus tard, le constat n'a pas été réellement bouleversé.
Alors, quel pourrait être le ou les candidats crédibles (et scientifiquement acceptable) dépassant les 7 mètres, taille maximum quasiment admise de nos jours ? On peut toujours tenter d'en retenir trois :
- Le spécimen de 8 mètres de Dakar en 1982 nous interpelle en premier, car, fait peu courant, il a été documenté par un ichtyologiste à son débarquement au port, et que cette capture est relativement récente.
- Les deux cas Siciliens aux mensurations hallucinantes : celui de Scopello en 1947 et Granzirri en 1965, tous les deux reportés à plus de 7 mètres pour un poids de plus de 3,000 kg...
Pour la suite, il suffit de patienter jusqu'à ce que de nouveaux récits ou d'anciennes archives fassent surface...
Lecture.
Si vous vous intéressez aux grands requins blancs de la zone Méditerranée, on ne peut que vous encourager à vous procurer l'excellent livre de Alessandro De Maddalena et Walter Heim Mediterranean Great White Sharks dont on avait déjà parlé sur ce post. Un travail de recherche et d'archive remarquable (596 cas recensés et détaillés), accompagné d'une analyse passionnante de la présence du grand blanc en Méditerranée. Une mine d'informations qui a inspiré l'élaboration de ce post.

11 mai 2013
Wild Kingdom, Great Whites... documentaires vintage !
De temps en temps surgissent sur Youtube des archives étonnantes. C'est le cas ici avec la mise en ligne récente de plus de 300 émissions de Mutual of Omaha's Wild Kingdom, une série de docs animaliers diffusés de janvier 1963 à 1987 sur la chaine US NBC.
Ceux-là ont été tournés sans surprise autour de Dangerous Reef (au large de Port Lincoln, Australie) lors d'une expédition affrétée par l'incontournable Rodney Fox, dans les années 80, à la rencontre de vous savez qui.
Au programme, marquage de plusieurs requins, des "tests" vaguement scientifiques, des ralentis, des présentations d'un autre temps et des assertions la plupart du temps à côté de la plaque... bref, la préhistoire en matière de compréhension des requins blancs mais aussi le témoignage précieux (et parfois assez drôle) d'une époque où tout était encore à découvrir sur le redouté Carcharias.
Ce troisième doc a été tourné autour de l'île de Guadalupe, zone d'aggrégation bien connue aujourd'hui. Mais à l'époque, la présence de grands requins blancs, bien que supposée, n'était pas si évidente. Les "expérimentations" sont donc conduite avec quelques requins bleus présents, quand enfin...
... le premier marquage en pleine eau d'un grand requin blanc ?
Wild Kingdom a produit un certain nombre de docs concernant les requins. Si vous êtes motivés, on vous conseille celui-ci tourné au large de la Californie avec des requins bleus et makos, cage et test (encore) de costume en côtes de maille... Celui-là aussi, filmé à Bimini avec le Dr Samuel Gruber, une étonnante table d'opération sous-marine, des requins tigres et des requins citrons... et même cet épisode, assez improbable, où les plongeurs tentent de capturer des requins bleus à main nues pour les examiner.
→ La chaine Youtube de Wild Kingdom.
Ceux-là ont été tournés sans surprise autour de Dangerous Reef (au large de Port Lincoln, Australie) lors d'une expédition affrétée par l'incontournable Rodney Fox, dans les années 80, à la rencontre de vous savez qui.
Au programme, marquage de plusieurs requins, des "tests" vaguement scientifiques, des ralentis, des présentations d'un autre temps et des assertions la plupart du temps à côté de la plaque... bref, la préhistoire en matière de compréhension des requins blancs mais aussi le témoignage précieux (et parfois assez drôle) d'une époque où tout était encore à découvrir sur le redouté Carcharias.
Ce troisième doc a été tourné autour de l'île de Guadalupe, zone d'aggrégation bien connue aujourd'hui. Mais à l'époque, la présence de grands requins blancs, bien que supposée, n'était pas si évidente. Les "expérimentations" sont donc conduite avec quelques requins bleus présents, quand enfin...
... le premier marquage en pleine eau d'un grand requin blanc ?
Wild Kingdom a produit un certain nombre de docs concernant les requins. Si vous êtes motivés, on vous conseille celui-ci tourné au large de la Californie avec des requins bleus et makos, cage et test (encore) de costume en côtes de maille... Celui-là aussi, filmé à Bimini avec le Dr Samuel Gruber, une étonnante table d'opération sous-marine, des requins tigres et des requins citrons... et même cet épisode, assez improbable, où les plongeurs tentent de capturer des requins bleus à main nues pour les examiner.
→ La chaine Youtube de Wild Kingdom.
10 mai 2013
François Sarano et le Grand Requin Blanc : les conférences
Pour ceux qui n'auraient pas pu assister aux conférences données par François Sarano en avril dernier, voici les séances de rattrapage sur Youtube.
→ Paris : http://youtu.be/otkvwgwBdC8
→ Grenoble (2h20!) : http://youtu.be/e8EJPGd9eSM
06 mai 2013
Le Grand Requin Blanc 3D
GREAT WHITE SHARK 3D - un nouveau documentaire à propos du Carcharodon carcharias, le "prédateur dont nous aimons avoir peur".
Nous sommes curieux de voir si son seul intérêt est d'être un film 3D ou si il arrivera à se démarquer des productions récentes (qui rabâchent un peu toujours les mêmes choses, il faut bien l'avouer). Le film a été tourné en Afrique du Sud, Nouvelle Zélande, Californie et Mexique avec un casting de choix : Mike Rutzen, Chris Lowe, Frédéric Buyle, William Winram entre autre...
Le film sera diffusé à partir du 24 mai 2013 aux USA et les Québecois pourront le voir dès le 31 mai à Montréal.
→ Site web : http://greatwhiteshark3d.com
05 mai 2013
Les attaques de Requins (3/3) : reclassification ?

Avalon Beach, Sydney en mars 2009. Photo © Ian Waldie.
Devrait-on parler d'attaque quand il est question de requin ?
Depuis nombre d'années c'est bien le terme d'attaque qui reste le plus utilisé dans les médias et pour le public pour qualifier tout type d'interactions entre homme et requins, que ce soit de la simple éraflure à la morsure grave.
Cet état de fait a conduit Christopher Neff (chercheur à l'Université de Sydney) et le biologiste marin Robert Hueter (Floride) a remettre ce débat sur la table en janvier dernier avec la publication de leur article Shark "attack" : a proposal for reclassifying human–shark interactions.
L'article revient en premier sur l'aspect historique ; les connaissances scientifiques à propos des requins sont restées relativement embryonnaires jusqu'au XXeme siècle (les squales réputés dangereux ne sont présents qu'en zone tropicale, disait-on jadis). Les écrits d'explorateurs ou de spécialistes n'offrent guère alors d'alternative à la réputation du requin. Et à l'instar du tigre à la même époque, c'est sur cette seule réputation qu'est né et a perduré le concept de man eater - le mangeur d'homme - qui a collé aux grands requins (blancs notamment).

La menace du requin mangeur d'homme. En-tête d'un long article paru le 23 février 1924 dans le journal Australien The Mail.
A l'aube de l'exploration sous marine et avec l'accroissement de la présence humaine sur les côtes, les choses s'amplifient. Hommes et requins sont amenés à se côtoyer de plus en plus, et parfois au détriment du premier. En Australie principalement, la presse commence à s'y intéresser de plus en plus. Autrefois plutôt qualifiés d'accidents dans la rubrique faits-divers, les "attaques" vont finir par s'installer en première page.
Quelques unes fracassantes en Australie dans les années 1960. Source The John Harding Files
Coppleson (1893-1965), chirurgien australien, a en effet écrit dès les années 1930-40 de nombreux articles sur le péril requin, dont on retrouve la synthèse dans son livre... Shark Attack (1958). On lui doit l'invention du rogue shark, un requin mangeur d'homme récidiviste, bien pratique pour expliquer les morsures de requins. Pour Coppleson, si un requin vous mord c'est sans équivoque : c'est un requin de type rogue qui a developpé un goût pour la chair humaine (et qui en redemandera). Les requins non-rogue quant à eux se comportent "normalement", et ne vous mordront donc pas.Et je cite les auteurs qui citent Coppleson : "la présence continuelle de requins mangeurs d'hommes, des attaques en série, qui cessent une fois qu'un individu particulier est capturé, suggère qu'un requin - et non pas plusieurs - est coupable. Cela suppose la présence d'un requin (a vicious shark) patrouillant une certaine zone de la côte, d'une rivière, ou d'un port, pendant de longues périodes". Coppleson concluant par : "un tel requin doit être chassé jusqu'à être éliminé".
Neff et Hueter soulignent ce basculement : d'un "accident" on passe donc à l'idée d'une agression délibérée et inconditionnelle par un requin (supposé rogue), qui devient de facto un criminel.
Un article de Victor Coppleson pour le Sunday Mail du 3 décembre 1950.
L'Australie et l'Afrique du Sud notamment retiendront bien la leçon. Il en résultera des actions abruptes ou des représailles absurdes. Exemple ? En 1958, suite à ce qu'on appellera le "black december" (cinq accidents mortels à Durban, Afrique du Sud en 5 mois), la ville fait appel à un bateau de la marine sud-africaine pour intervenir. Le concept est radical : un nettoyage à la bombe. La Navy fera exploser une soixantaine de charges sous-marines le long des côtes de Durban. Bilan : huit requins tués, un carnage pour la faune, et l'arrivée de nouveaux squales attirés par la quantité de poissons morts. La pose de filets (calquée sur le modèle australien) viendra juste après, accompagnée par la naissance d'une structure; le Natal Anti Shark Board, encore actif aujourd'hui.
Filets anti-requins, tournois de pêche, chasse et prélévements. Désormais dans l'esprit du public et jusqu'au paroxysme du phénomenal Jaws, un bon requin est un requin mort. Du lynchage en réponse à un acte jugé "criminel" en quelque sorte (une logique qui a encore cours de nos jours dans certains endroits du monde).
Après cet inventaire socio-culturel, l'article de Neff et Hueter étudie donc les différentes options. Clairement le terme "attaque" est pour eux devenu obsolète, et il n'est plus viable de traiter deux événements aussi différents qu'un "kayak inspecté par un requin" et la "morsure fatale d'un baigneur par un requin blanc" de la même manière.
La réflexion sur une terminologie plus adaptée ne date pas d'hier ; certains chercheurs et scientifiques avaient auparavant déjà préconisé l'utilisation de "morsure" au lieu d'attaque. Mais ici, les deux hommes proposent 4 nouvelles catégories pour qualifier les interactions hommes-requins :
Shark sighting - Close to people but no physical contact
Présence d'un requin - proche mais sans contact physique.
Shark encounter - No human injury but surfboard or boat damage
Rencontre (à défaut d'une meilleure traduction) avec un requin - pas de blessures mais embarcation ou surf endommagé.
Shark bite - A non-fatal bite by a small or large shark.
Morsure de requin - morsure non mortelle par un petit ou gros requin.
Fatal shark bite - One or more bites causing death.
Morsure de requin mortelle - une ou plusieurs morsures entrainant la mort.
Outre une hiérarchisation passant par une classification plus scientifique, les deux chercheurs estiment que ces 4 propositions fournissent une description plus objective qui pourraient permettre au public d'évaluer plus précisément le niveau de risque. Elles se focalisent sur les conséquences plutôt que sur l'intention qui, dans la plupart des cas, n'est jamais réellement connue.
En proposant deux exemples commentés (sur des données existantes pour l'Australie et la Floride), la nouvelle reclassification met en relief le faible taux de mortalité résultant de ces interactions. Elle montre aussi qu'une rencontre avec un requin ne se termine pas forcément avec des blessures.
Sortir de l'ère post-Jaws ; voilà le motto de Neff et Hueter, qui envisagent leur proposition comme un "appel envers les scientifiques, les autorités et le monde médiatique pour reconsidérer leur discours à propos des requins dans le but d'améliorer les informations données au public".
→ l'article de Christopher Neff et Robert Hueter dans son intégralité
→ l'article du guardian à ce sujet.
→ reportage video et interview de Christopher Neff sur theage.com.au
En 1947 (soit 11 ans avant la parution du bouquin de Coppleson), paraissait chez Gallimard "La vie des requins" du naturaliste français Paul Budker (1900-1992) un des premiers ouvrage d'envergure à propos des squales. Budker consacre un chapitre entier sur les "mangeurs d'hommes" dans lequel il se montre tout à fait clairvoyant pour l'époque :
"Il est évidemment absurde de soutenir qu'un animal capable d'avaler une peau de buffle, ou de s'attaquer à un phoque, un marsouin ou un espadon, ne puisse pas occasionnellement saisir un homme dans l'eau. Par contre il serait tout aussi saugrenu de croire que certains requins se repaissent de chair humaine de préférence à tout autre aliment, et qu'ils en font leur régime de prédilection; car ce régime se terminerait promptement par l'inanition; les occasions de consommer l'Homo sapiens sont en somme assez rares et un Carcharodon de plusieurs centaines de kilogs en exigerait quotidiennement une quantité dépassant largement les possibilités de l'offre... L'anthropophagie ne peut être pour les requins, qu'un complément accidentel résultant d'une circonstance fortuite".
Même si l'on peut énumérer quelques théories et suppositions, il reste difficile de comprendre ce qui motive une morsure de requin envers les bipèdes mammifères que nous sommes. Le sujet est vaste et l'on ne l'abordera pas en détail ici. Mais disons quand même que chaque accident devrait être examiné selon ses particularités, étroitement liées au milieu, aux conditions et à l'espèce de requin impliquée.
C'est d'ailleurs une erreur récurrente d'assimiler toutes les espèces de requins comme étant une seule. De la même manière, il est inexact d'affirmer à tout va qu'"un requin mord parce qu'il confond l'homme avec sa proie". L'hypothèse de la confusion alimentaire ou de la morsure exploratoire (un requin "goute" mais ne mord pas à proprement parler) concerne principalement des accidents impliquant des grands requins blancs. D'autres espèces comme les requins tigres ou bouledogues connaissent d'autres modes opératoires, mordent plusieurs fois dans certains cas... Certains accidents, rarissimes, montrent aussi le signe d'une prédation avérée sur l'homme.
Mais qualifier ce large spectre de situations d"attaques" ne veut plus rien dire. Intégrer les éventuels risques et considérer l'océan tel qu'il est, un territoire sauvage (et mis à mal), devrait tomber sous le sens.
Maintenant nous en connaissons suffisement sur les requins pour stopper de se comporter comme il y a cinquante ans, à l'époque de Coppleson.
08 avril 2013
Les attaques de Requins (2/3) : deux cas filmés

Voici Shannon Ainslie. Lui défie toutes les statistiques.
Le 17 juillet 2000, Shannon, 15 ans, surfe les spots de Nahoon Reef (East London, Afrique du Sud) en compagnie de son frère, quand il est chargé par deux grands requins blancs presque simultanément. Ejecté de sa planche il est mordu à la main, et manque d'être mordu par le second requin. Il s'en sort assez miraculeusement qu'avec de "simples" lacérations à la main.
Et cette scène incroyable a été filmée depuis la plage.
Encore plus incroyable, deux ans plus tard, Ainslie toujours sur son surf mais cette fois sur un autre spot Sud-Africain est de nouveau heurté par en dessous - un bump sans gravité - alors qu'il est assis sur sa planche... Le requin ira finalement s'en prendre à une autre planche parmi la quarantaine de surfeurs présents ce jour là.
L'histoire d'Heather Boswell est moins chanceuse.
Le 23 mars 1994, le bateau de recherche le Discoverer est en mission au large du Chili. Une partie de l'équipage, dont Heather, profite des conditions météo agréables pour une baignade au milieu de l'océan. Une douzaine de personnes sont à l'eau quand soudain un requin est signalé. La jeune fille sent quelque chose lui mordiller la cheville. Paniquée, elle tente de regagner le bateau à la nage mais le requin blanc revient sur elle. Heather est secourue de justesse mais perdra une partie de sa jambe. L'accident est lui aussi filmé.
Il y a quelques années le National Geographic a choisi ces deux cas, assez différents, mais dont il existe une trace vidéo, pour produire son documentaire : Great White Shark Attacks : True Stories, dans lequel les deux protagonistes témoignent assez longuement. Même s'il n'est pas complètement dénué d'intérêt, ce doc spécule bien trop péniblement sur les différentes raisons conditionnant une attaque sans jamais apporter de réelles réponses. Pour ceux que ça intéressera, il est visible en anglais sur Youtube.
07 avril 2013
Les attaques de Requins (1/3) : quelques chiffres
De 1580 à 2012 : 2569 attaques de requins ont été répertoriées dans le monde, dont 484 mortelles (carte et chiffres de l'ISAF).
Depuis sa création en 1958, l'ISAF, l'International Shark Attack File, recense tous les accidents dus à des requins de par le monde. Initié par l'US Navy, puis par une commission de recherches sur le requin créée par l'American Institute of Biological Sciences (AIBS), ce fichier international est maintenant géré depuis par l'American Elasmobranch Society et le Muséum d'Histoire Naturelle de Floride depuis 1988.
Le Global Shark Attack File et le site internet sharkattackfile.info tiennent aussi des comptes et possèdent une base de données publique en ligne. Sharkattackfile archive toute interaction et incident.... jusqu'aux plus anciennes traces (aujourd'hui 7 avril 2013 nous en sommes à 5286 cas dont 1344 fatals). Divers organismes régionaux de différents pays tiennent également des datas.

Plage de Vandenberg (Californie), 23 octobre 2012. Photo DR
Amplifiée et facilitée par internet, la médiatisation à outrance d'une rencontre avec un requin (qu'elle soit anecdotique ou dramatique) est devenue quasi systématique et disproportionnée. Là où avant il fallait des jours voire des mois pour recueillir informations, témoignages ou documents, rien n'échappe dorénavant à la toile médiatique... qui régurgite aussitôt en bloc le meilleur comme le pire.
Avant les années 1950, les accidents dus aux requins étaient bien moins (et plutôt mal) documentés. A part peut-être en Australie, ces "attaques" restaient localement médiatisées, voire pas du tout, ce qui fausse quelque peu les données disponibles pour la première moitié du XXeme siècle. C'est pourquoi nous avons compulsé les données récentes et fiables, c'est à dire depuis l'année 1990 (soit une période de 23 ans), avec l'idée de vous proposer ces quelques graphiques plus bas - les chiffres sont ceux de l'ISAF.
On parle ici d'attaques dites non-provoquées, c'est-à-dire ayant lieu dans l'habitat naturel du requin, sans provocation particulière de la part du nageur/plongeur/surfeur (au contraire de l'attaque provoquée ; le plus souvent lorsqu'on dérange, touche ou manipule l'animal, par exemple lors de pêches, décrochage d'hameçons, prises dans un filet etc...)
Ces attaques non-provoquées vont de la simple éraflure sans aucune gravité à la morsure qui peut entraîner la mort.
Grand Requin Blanc - monde (1990-2012)
1990-1999 : 12 cas mortels.
2000-2009 : 13 cas mortels.
Ces chiffres concernent uniquement le grand requin blanc. Où l'on constate qu'il n'y a pas vraiment de constance; du moins depuis 2000. Les très mauvaises années peuvent se succéder aux moins mauvaises (exemple 2000 comparée à 2001). Quatre années affichent même zéro cas mortel. 2007-2008 ont marqué une accalmie, mais depuis 2010 les chiffres sont remontés jusqu'à atteindre l'an dernier le niveau de 2004.
Géographiquement, un examen de la carte de l'ISAF couvrant la période 1876-2011 est instructif. En ajoutant les chiffres de l'année dernière, les trois pays les plus concernés (période 1876-2012 donc) sont :
- les USA (98 dont 9 cas mortels)
- l'Afrique du Sud (58 dont 13 cas mortels)
- l'Australie (57 dont 31 cas mortels).
1990-1999 : 71 cas mortels.
2000-2009 : 49 cas mortels.
Certes, 2011 et 1993 (et 2000) sont les pires années depuis 23 ans, mais soyons clairs : la soi-disant "recrudescence d'attaques de requins" martelée en force l'année dernière n'existe pas. Et les cas mortels ont marqué une régression durant la décennie 2000. Depuis 2010, le total des chiffres reste élevé, mais déjà 2012 affiche quasiment moitié moins de cas mortels qu'en 2011.
Autre graphique intéressant, la répartition des chiffres par région du monde (toutes espèces de requins confondues) :

source (chiffres ISAF)
Pour compléter, jetons un coup d'oeil aux stats des activités des victimes au moment de l'attaque.
Qui risque le plus ? Statistiquement parlant, c'est un homme d'origine caucasienne, de 14 à 28 ans pratiquant le surf. Depuis 20 ans, les surfeurs sont le groupe de population le plus à risque, du fait notamment du temps passé dans l'eau et du caractère "provocatif" du surf (nage et éclaboussures).
Depuis les années 1960-70 les activités nautiques de toutes sortes se sont diversifiées et popularisées. La population mondiale est passée de 5,2 milliards en 1990 à 7 milliards fin 2011. Et si tous ne se sont pas précipité dans l'océan avec une planche, loin de là, il y a de plus en plus de personnes dans l'eau et de plus en plus longtemps. C'est donc statistiquement imparable, il y aura plus de rencontres possibles avec des requins.
Pour finir en relativisant ces chiffres, voici ce petit classement sobrement intitulé Qui tue le plus dans le règne animal ? (dans le monde entier, par année, en moyenne).

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