
Le 11 avril 1991, l'Afrique du Sud a été le premier pays au monde à instaurer une protection pour les grands requins blancs, et à ce jour, il est toujours formellement interdit de pêcher, déranger, pourchasser ou d'attirer des requins blancs sans autorisation ou permis.
Cependant il semblerait qu'un laxisme certain se soit installé quand à l'application de cette réglementation. Pour preuve ce qui s'est passé le week-end dernier à Mossel Bay (Afrique du Sud).
C'est Oceans Research qui a révélé l'affaire. Vous vous rappellez sans doute l'étonnante histoire de ce requin blanc sautant dans leur bateau de recherche en juillet dernier. Les scientifiques Ryan Johnson et Enrico Gennari d'Oceans Research avait mis tout en oeuvre pour sauver et libérer ce requin. À nouveau, les deux hommes ont peut-être permis à un jeune requin blanc d'échapper à un triste sort... et par la même occasion, relancent le débat d'une protection plus effective du grand requin blanc en Afrique du Sud.
Le vendredi 14 octobre 2011, Oceans Research est averti par appel téléphonique : à Beacon Point, un pêcheur est en train d'attraper un grand requin blanc et de le remonter sur les rochers.

Ryan Johnson se rend donc sur les lieux. Sur place, le requin est toujours hors de son élément et le pêcheur ne fait visiblement aucun effort pour le remettre à l'eau. Mieux, quelques minutes auparavant, il posait pour quelques clichés avec le requin à ses côtés.
En Afrique du Sud, la loi est pourtant claire, aucune prise de grand blanc n'est permise. Et dans le cas d'une prise accidentelle par pêche, le requin doit être immédiatement libéré (ligne coupée si il le faut).
Le ton monte entre Johnson et le pêcheur. Celui-ci est dûment averti de son infraction, mais l'urgence est d'abord de remettre le requin à l'eau.
De son côté, Enrico Gennari a tout de suite pris contact avec l'antenne locale du DAFF (Department of Forestry and Fisheries), dont les bureaux sont à moins d'un kilomètre de Beacon Point. Le DAFF assure au chercheur qu'il va se rendre sur les lieux pour constater la situation.
À Beacon Point, Johnson, finalement assisté d'une autre personne et du pêcheur, arrive à faire basculer le requin et à le remettre à l'eau (photo ci dessous). Cette femelle requin blanc de deux mètres finit tant bien que mal par se retourner, et après s'être heurtée à nouveau au rochers, elle reprend la direction du large et disparaît...

Enrico Gennari le précise : le pêcheur et ses fils ont mis plus d'une heure à remonter le requin sur les rochers pour pouvoir prendre leur photo. Quand ils ont compris qu'il n'y arriverait pas en tirant sur la ligne, ils ont attrapé et tiré le requin par les branchies pour le hisser sur les rochers, lui infligeant des dommages probablement irréparables.
Le pêcheur, Leon Bekker, savait-il que cette pêche était illégale? Sa réponse : "Et alors? Tout le monde fait des trucs illégaux, où est le problème?".
Et tandis que Bekker remballe son équipement (un kayak, vraisemblablement utilisé pour placer des appâts massifs, et du matériel de pêche au gros, ce qui ne laisse guère de doutes quand à ses intentions du jour), Ryan Johnson attends l'agent du DAFF.
20 minutes plus tard, il est clair qu'il est trop tard pour constater une infraction ou quoi que ce soit d'autre. L'agent du DAFF ne s'est pas présenté et reste injoignable.
Depuis lundi dernier, quelques photos récoltées par Oceans Research ont étés rendues publiques (certaines sont reproduites ici). L'affaire est relayée par la presse, le Cape Times en a même fait sa une, et les réactions d'indignations ne tardent pas.
Après avoir nié les faits puis menacé Johnson de diffamation, Bekker, réalisant sa situation, s'est étalé en excuses vaseuses, soutenant que "le requin s'est échoué tout seul sur les rochers", que lui même n'est qu'un "novice dans la pêche au requin"... ou qu'il ne sait pas vraiment reconnaitre un grand requin blanc.
La vérité est que l'homme n'est pas à son coup d'essai.
Pour preuve les quelques autres photos, accrochées au mur d'une boutique de pêche de George (ville de résidence de Bekker), et qui ont rejoint le dossier accablant. Ces photos montrent Bekker posant avec pas moins de douze grand requins blancs différents. Pas mal pour un novice.
Bien heureusement, de nombreux clubs de pêche sportive pratiquent une pêche "responsable" et légale, mais l'augmentation de la "pêche sportive au requin" a entraîné une augmentation dans le ciblage des grands requins blancs, pourtant protégés.
Et il y a bien eu quelques antécédents, observations à l'appui, de captures illégales. Les membres d'Oceans Research l'ont constaté durant les quatre dernières années
à Mossel Bay. En période de week-ends prolongés, ou de jours
fériés, des pêcheurs de Cape Town ou d'autres villes débarquent avec leur attirail de pêche dernier cri, et kits
spécial requin, sur les spots connus pour être fréquentés par les
grands blancs. La pêche était discrète, le soir ou tôt le matin.
Même si les contrevenants sont passible d'une amende de 50 000 Rands (5 000 euros) et d'une peine de prison de deux ans, sur les affaires portés à la
connaissance des institutions concernées, aucune n'a aboutie.
En clair, jusqu'à maintenant, personne n'a été inquiété pour pêche illégale de grands requins blanc en Afrique du Sud.
En clair, jusqu'à maintenant, personne n'a été inquiété pour pêche illégale de grands requins blanc en Afrique du Sud.
Ryan Johnson est conscient des failles de la législation. Il suffit pour un pêcheur d'affirmer après coup qu'il ne ciblait pas un grand requin blanc pour que les poursuites n'aboutissent pas. Et même si celui ci se vante (officieusement) de cibler les grands blancs sur les réseaux sociaux, même s'il possède tout le matériel pour capturer de gros requins, même s'il se trouve sur un site ou il est de notoriété que les grands requins blancs croisent, le fait est que "l'intention" (de pêcher un grand requin blanc) n'est pas un motif suffisant pour obtenir une condamnation de ces pêcheurs.
Il observe également que "malgré la loi stipulant que les pêcheurs doivent couper la ligne quand l'identification d'un requin blanc est avérée, il ne le font pas, prétextant qu'il est plus responsable de remonter le requin pour lui retirer l'hameçon avant de le relâcher (après avoir pris tout un tas de photos) - une excuse très commode pour ces pêcheurs délinquants.
Il observe également que "malgré la loi stipulant que les pêcheurs doivent couper la ligne quand l'identification d'un requin blanc est avérée, il ne le font pas, prétextant qu'il est plus responsable de remonter le requin pour lui retirer l'hameçon avant de le relâcher (après avoir pris tout un tas de photos) - une excuse très commode pour ces pêcheurs délinquants.
Le cas Bekker est maintenant porté en justice. 14 grands requins blancs (au minimum) ont fait les frais de ce seul pêcheur. Les autorités Sud Africaines sauront-elles agir cette fois ci ?
→ lire le communiqué de presse (en anglais) d'Oceans Research sur www.wavescape.co.za/white-shark-denial.html
→ lire les articles du Cape Times du 17 octobre et du 19 octobre
http://www.seriousplay-info.fr/apps/blog/reconnu-coupable-du-meurtre-dun-grand-blanc
RépondreSupprimerCa va peut etre le calmer!!!!