

Le livre est publié en langue française en 1555 sous le titre La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel.
Belon consacre un petit paragraphe à la Lamie (Lamia) dont la description des dents "blanches et pyramidales" ne laisse pas de doute sur l'identité du poisson en question, il s'agit du requin blanc. Mais il évoque aussi une autre espèce : le Perlzfische de Norvège, Canis Carcharias, apellé aussi Hamia. Et là on s'y perd quelque peu. Sa description ressemble à un curieux mix entre un requin du Groenland (Somniosus microcephalus) habitué des eaux plutôt froides (et parfois de grande taille)... et un requin taupe (vitesse, dentition). A moins que ça ne soit totalement autre chose. Quant à l'illustration (ci-dessus), on peut y trouver une petite ressemblance avec le requin du Groenland mais elle laisse aussi fortement penser à qui vous savez.


Le Perlzfische de Norvège que les anciens nommoyent Chien Carcharien autrement Hamia.
Ce poisson se trouve plus grand au pays de Norvège, qu'en autre endroit de l'Europe. C'est l'ennemi capital du dauphin combien qu'il ne lui soit en rien semblable : car il n'a nul os et a la peau âpre et dure, la tête, les pertuyz (ouvertures) des ouies, et le reste du corps, ainsi qu'un chien de mer au reste des épines et de la grandeur du corps qui surpasse quelquefois le poids de 200 livres. Pour laquelle cause ils l'appellent perlzfisch qui vaut à dire poisson de montagne et le font sécher pour en contrefaire des monstres marins. Au demeurant ce poisson nage en compagnie et en flotte et surpasse en vitesse toute autre espèce de la sorte. Pour laquelle cause il a les ailes des cotés plus grandes que nul autres ; et la queue d'une coudée detendu en façon de ce que les Vénitiens appellent porc marin. Il est de proye et a la bouche garnie de quatre rangées de dents en nombre de 144, dont celles de devant sont rondes et aigues et les dernières mousses et plates, de la façon qui sera décrite au poisson Lamia.

Et donc on en vient au poisson Lamia :
Lamia est un poisson cartilagineux qui (à mon avis) croit en plus excessive grandeur que nul autre de son espèce et qui rend aussi ses petits en vie tout ainsi que les autres cartilagineux plats. Nous avons fait mention ci dessus d'un autre poisson en l'espèce des cartilagineux, nombre entre les poissons longs c'est à dire sans os, lequel, à notre opinion, était celui que quelques uns avaient nommé Carcharias. Et pour ce que quelques autres ont pensé que ce fut une même chose que Lamia & Carcharias, et ayant déjà (baillé?) le portrait du susdit ai voulu m'en souvenir en cet endroit, pour faire entendre que je les estime d'espèce différente en tant que l'un est long, ressemblant aux chiens de mer et l'autre est plat ressemblant aux anges et squatines nageant de son large en la même manière.
Ce poisson a la bouche bien garnie de quatre rangées de dents comme l'autre, mais au lieu que le susdit n'a que 144 dents, celui ci en a plus de 200 et larges et cochées à l'environ et aiguës à l'extrémité comme je pourrais faire voir par une (sienne?) mâchoire desséchée entière avec ses dites dents.Ce poisson n'a point changé son antique appellation entour la côte de Genes, Naples et Marseille car encore maintenant le nomment Lamia. Et quand ils en ont péché quelqu'un, ils le mangent à la manière des autres cartilagineux, n'oubliant toutefois à lui réserver ses dents, car autant qu'elles sont dures, blanches et pyramidales, c'est à dire larges par en bas, et pointues au bout et cochées par les orées. Le vulgaire croit facilement que ce soit (des) langues de serpents par quoi les font enchasser en argent et de fait on en trouve ordinairement entre les ouvrages des orfèvres exposées en vente à un chacun. (La) nature s'est plus jouée à exprimer les figures des poissons et pierres que des autres animaux, par quoi elle a aussi fait de telles dents, qui sont minérales. Mais je donnerais enseigne à les savoir distinguer quand j'écrirais les pierres qui ont leurs appellations des poissons. Qui escorcheroit ce poisson pourrait faire servir sa peau à polir le bois comme des chiens de mer.
→ De aquatibus (1553) consultable en ligne sur unistra.fr
→ La nature et diversité des poissons (1555) en ligne sur Gallica
→ une petite biographie de Pierre Belon
→ Pierre Belon sur Wikipédia
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