Morné Hardenberg et Shark Explorers ont encore frappé. Splendide vidéo.
29 janvier 2012
27 janvier 2012
Grands Requins Blancs près des côtes
photo : Chris Fallows. www.apexpredators.com
Chaque année, la ville de Cape Town et ses Shark Spotters s'attendent donc à voir les grands requins blancs quitter Seal Island et venir patrouiller plus près des côtes de False Bay (voir aussi le post précédent), et ce dès la fin de l'hiver Sud Africain, soit fin août-début septembre. Un "pic d'observation saisonnier" a lieu, quant à lui, d'octobre à janvier.
La saison commence en général par un communiqué de la ville, relayé par le site de la NSRI et par les médias, comme par exemple avec ce papier du Cape Times du 31 août dernier, qui rappelle au public la vigilance et les précautions d'usages. Les zones les plus sensibles à False Bay sont de manière régulière Fish Hoek et la bande de côte allant de Muizenberg à Macassar Beach.
Grâce au marquage des requins et aux données récoltées en Afrique du Sud depuis les années 2000, le phénomène peut être suivi de plus près par les scientifiques.

Le tableau ci-dessus recueille les datas sur 5 spots à False Bay, de novembre 2004 à janvier 2010. On peut voir que le nombre de requins repérés peut fluctuer fortement d'une année sur l'autre (ex: le mois de janvier à Muizenberg).
Ci-dessous, un tableau plus ancien couvre une période de 3 ans et 11 mois d'observations par les Shark Spotters.

A False Bay, cette migration saisonnière vers les côtes fait toujours l'objet d'un programme d'étude à long terme par les scientifiques du Save Our Seas Shark Centre.
Ces mouvements seraient en partie dû au cycle de reproduction des otaries de Seal Island. Celles-ci mettent bas en novembre-décembre, et les jeunes individus deviennent, au fil des mois, plus agiles et expérimentés, et donc plus difficile à attraper. En conséquence, les requins se réorienteraient sur d'autres proies.
Autre supposition, la migration de certaines espèces de poissons quand l'eau se réchauffe les mois d'été. A cette période, des bancs d'anchois, mulets ou sardines se déplacent plus près des côtes pour se nourrir, et ainsi attirent d'autres poissons tels sérioles, liches, cabillauds, qui à leur tour attirent d'autres plus gros prédateurs incluant certaines espèces de requins dont roussettes, requins renards ou requins cuivres. Ces derniers, ainsi que les raies, ou d'autres poissons de bonne taille font partie du menu d'été du grand requin blanc.
Le phénomène s'observe également tout le long du Western Cape. Près de Gansbaai et dans une moindre mesure à Mossel Bay, les requins blancs délaissent les îlots rocailleux où s'entassent les otaries pour s'aventurer en eaux moins profondes.
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| photo : White Shark Trust. |
Entre septembre et fin janvier, les grands requins blancs sont également observés plus près des côtes, et à partir d'octobre en eaux peu profondes, près du bord, notamment du côté de Shark Bay, entre Dyer et Pearly Beach.
Assez curieusement, ils disparaissent presque tous en février et mars pour réapparaître en nombre aux alentours de Dyer Island et Geyser Rock vers avril.
Les datas collectées sur une période de 5 ans sur les requins de Dyer et ceux de Shark Bay font apparaître deux populations distinctes. Plus de 9 requins sur 10 vaquant dans les vagues de Shark Bay se trouvent être des femelles, tandis qu'à Dyer Island, le ratio se rééquilibre à 60% de femelles pour 40% de mâles.
Les femelles de Shark Bay présentent des traces fraîches de morsures par leur congénères mâles, autour des fentes branchiales et des nageoires pectorales, peut-être dues à de récents accouplements. La taille de ces femelles varie d'un extrême à l'autre; soit d'assez grande taille (plus de 4 mètres), soit beaucoup plus petit (moins de 2,50 m), ces dernières étant le plus représentées. On trouve peu d'individus de tailles intermédiaires, alors qu'à Dyer Island, la moyenne habituelle se situe dans les 3,50 m.
Plusieurs théories sont envisagées.Zone de chasse ?
Envisagée en premier lieu, cette hypothèse est vite abandonnée. Les fonds sablonneux sont assez dépeuplés et dépourvus en proies potentielles. A part d'occasionnels bancs de dauphins de passage et quelques raies, la chasse en eaux peu profondes n'offrent guère de choix aux abords de Shark Bay. De plus, sur cette zone, les requins ne semblent pas être en mode chasse. Ils se montrent très peu réceptifs aux stimuli du chum, de la traîne mise à l'eau, contrairement à Dyer Island, où ils investissent rapidement les alentours des bateaux de Shark diving.
Nurserie ?
Les requins blancs sont ovovivipares (les oeufs se développent et éclosent dans l'utérus de la femelle) et le temps de gestation pourrait aller jusqu'à 18 mois. Chez quelques espèces de requins, on observe un comportement d'inhibition alimentaire sur les femelles gravides (ou quand elles viennent de mettre bas). Cette inhibition permettrait au requin nouveau-né de ne pas devenir la proie de sa propre mère. Certaines espèces de requins utilisent ces eaux calmes et peu profondes pour mettre bas et pour permettre au jeune d'arriver à maturité. Les individus de petite taille observés à Shark Bay pourraient correspondre à ces jeunes requins blancs nouveaux-nés.
L'accouplement ?
L'accouplement, ainsi que la naissance de grands requins blancs, n'ont toujours pas été observés précisément. On suppose qu'il se déroule de manière similaire aux autres membres de sa famille, les lamnidés. Il se pourrait que les eaux peu profondes permettent un accouplement plus aisé, les mâles devant s'accrocher aux femelles (d'où présences de morsures aux nageoires pectorales et dans la zone branchiales de celles-ci); la paire est obligée d'arrêter de nager, et ce faisant elle coule. Le peu de profondeur éviterait ainsi de couler sur des dizaines de mètres et permettrait une meilleure oxygénation du fait de la proximité des vagues qui brassent l'eau.
Ces études du White Shark Trust montrent que ces requins ont une intéraction et une activité sociale forte dans cette zone. Ils semblent nager d'une manière méthodique, parallèlement à la côte, se croisant à une fréquence qui n'est pas due au seul hasard. Le tout sans signes de comportement agressif ou de compétition entre les individus.
Depuis 2010, une nouveau programme de marquages et d'études est mené par le Dyer Island Conservation Trust sur la zone de Shark Bay.
Cette tendance migratoire saisonnière près des côtes n'est pas exclusive à l'Afrique du Sud.
Aux USA, elle est observée en Californie, en relation avec les zones d'agrégation de leurs proies favorites, lions de mer ou otaries. Le grand requin blanc semble également refaire une timide réapparition sur la côte est, en Atlantique Nord, une zone où il a été trop peu fréquemment aperçu durant les 20 dernières années.
Ainsi la ville de Chatham (Cape Cod, Massasuchetts) en fait maintenant l'expérience depuis 2007, où des grands requins blancs sont régulièrement repérés à partir de fin juin, occasionnant au passage quelques heures de fermeture de plages avoisinantes.
La raison? La présence d'une colonie de phoques gris qui a élu domicile sur Monomoy Island, au sud de la ville, et dont la population a fortement augmenté depuis la dernière dizaine d'année.

Monomoy Island, un grand requin blanc patrouille non loin des phoques. Photo : Massachusetts Division of Marine Fisheries.
Le biologiste Greg Skomal s'est rapidement intéressé à la question et dès septembre 2009, lui et son équipe réussissent à marquer avec succès les premiers requins blancs des eaux de l'Atlantique.
Les cinq requins tagués cette année là (et huit en 2010) ont permis à Skomal de suivre leur pérégrinations. Premiers résultats : les eaux plus au sud, de la Caroline du Nord à la Floride (et non le grand large comme on le supposait) semble être leur destination les mois d'hiver. Affaire à suivre.

Le parcours américain d'un grand blanc marqué en septembre 2009.
Quant à l'Australie, bien que relativement habituée à la présence des grands blancs dans ces eaux, particulièrement dans le sud, les données sont encore insuffisantes pour appréhender précisément les déplacements côtiers de ceux-ci.
Les études se poursuivent, notamment avec un programme de marquage mené par le biologiste Barry Bruce et le CSIRO.

En rouge, la position du requin blanc femelle au 8 juillet 2011.

Tout récemment encore, l'endroit a refait parler de lui : trois requins blancs ont été signalés non loin de la plage il y a une dizaine de jours.
Il est probable qu'en Nouvelle Zélande ou dans le Pacifique Est (côte du Chili) les grands requins blancs suivent des chemins semblables le long des côtes en fonction des saisons et des proies disponibles, pinnipèdes ou poissons. Les données manquent.
Pour clore ce petit topo, finissons sur Shark Week. Avec ces différentes observations de grands blancs près des côtes, films et images à l'appui, la tentation était trop forte pour Discovery Channel. En août dernier, Shark Week a fait deux spéciales sur le sujet : Great White Invasion avec l'habitué Chris Fallows en protagoniste principal...
... et Jaws Comes Home traitant du cas Chatham... Jaws Comes Home ? (soit Les dents de la mer reviennent à la maison), le rapprochement était trop tentant - car Chatham se situe non loin de l'île de Martha's Vineyard, là même où se trouve la ville (fictive) d'Amity.
Comme d'habitude avec Shark Week, on retiendra de ces deux émissions quelques belles séquences mais on passera sur le propos qui ne s'embarrasse jamais de véracités scientifiques ou de considérations analytiques très poussées.
Sources et compléments (tous en anglais) :
→ Treknets and Inshore sharks, un article de Monique Fallows sur les requins blancs de False Bay (janvier 2011).
→ Shark Detectives, un article par Thomas P. Peschak et Michael Scholl publié dans le magazine Africa Geographic en septembre 2005.
→ Sharky Shore, article publié dans The Big Issue (décembre 2005).
→ le site du biologiste Michael Scholl
→ le report video d'ABC sur Youtube sur la présence des grands blancs à Chatham - sept 2009.
→ le report video du Boston Channel sur Youtube à Chatham - juil 2011.
→ une longue enterview audio de Greg Skomal par WGBH radio.
→ Infos et datas sur le programme australien mené par Barry Bruce et Save Our Seas.
→ une vidéo aérienne d'un jeune requin blanc repéré à Hawks Nest en mars 2011.
12 janvier 2012
Shark spotting à Fish Hoek

Fish Hoek, octobre 2011, la silhouette iconique fend la surface des eaux.
L'impact médiatique de l'épisode Michael Cohen en septembre dernier (voir post précédent) a suscité l'étonnement et une certaine curiosité. Les jours qui ont suivi, la ville de Fish Hoek a vu des centaines de curieux se poster sur les hauteurs pour tenter d'apercevoir le ou les fameux Carcharias.
Pourtant les habitants de la péninsule du Cap et les scientifiques sont coutumiers du fait. Chaque année, les grands requins blancs patrouillent les eaux près des côtes de septembre à février. L'eau souvent claire de False Bay et les montagnes avoisinantes offrant de nombreux points de vues, le repérage devient assez aisé. Du coup, avec la nouvelle génération d'appareils photo-video, quasiment tout le monde peut documenter les aller-venues des grands squales.
Pour preuve, les petites séquences vidéos postées par le dénommé brucehimself sur Youtube. Visiblement résident à Fish Hoek, il a tourné la séquence après l'accident impliquant Cohen (toujours dans le post précédent) le 28 septembre, reprise en boucle par les médias.
Le 29 septembre, du même endroit, il filme à nouveau un requin blanc en balade...
Le 30, c'est également drapeau blanc-requin blanc...
... et le 2 octobre, même si les conditions météo sont moins bonnes, un requin est repéré vers midi.
Le 3 octobre, notre vidéaste ne spotte aucun requin... mais une baleine franche australe (Eubalaena australis) bondissante. La routine habituelle à False Bay quoi.
Mais le même jour, du côté de Clovelly Corner, et depuis la plage, des dizaines de promeneurs ont pu voir, enchantés ou médusés, un grand requin blanc nageant calmement non loin du bord. Deux vidéos sont encore en ligne sur Youtube pour témoigner de ce spectacle étonnant:
A la manière de la ville d'Hermanus et de ses baleines, Fish Hoek va t-elle finir par ravir la place à Gansbaai, et devenir la capitale mondiale des grand blancs ? En tout cas c'est assuremment l'un de seul endroit au monde ou l'on peut spotter ces grands prédateurs depuis la terre ferme. Un sacré privilège.
Brucehimself l'a d'ailleurs bien compris car il est à chaque fois aux premières loges, et en fait profiter le monde entier. Comme le 27 avril 2011 dernier, où il filme cette séquence avec en prime un kayakiste...
...(celui ci a bel et bien repéré le requin, et s'éloigne calmement mais rapidement)...ou comme avec ces séquences du 16 août et du 1er mai 2010.
→ lire aussi l'article (en anglais) du Cape Times du 4 octobre 2011, qui titre "Le shark 'spotting' décolle à Cape Town".
21 décembre 2011
Fish Hoek, 28 septembre 2011
Retour sur l'invraisemblable accident à Fish Hoek, d'il y a presque 3 mois.
Ce 28 septembre dernier, Michael Cohen, 42 ans, résident sud-africain d'origine canadienne, a été gravement mordu aux jambes par un grand requin blanc tandis qu'il nageait à une cinquantaine de mètres du rivage, alors même que l'alerte avait été donnée par les Shark Spotters et la plage fermée...
La nouvelle s'est rapidement répandue, notamment suite à la mise en ligne de la séquence suivante, filmée par un résident sur les hauteurs de Fish Hoek quelques minutes après l'accident. On y voit le déploiement des secours, de la NSRI (National Sea Rescue Institute) et de l'hélicoptère emmenant Michael Cohen à l'hôpital, tandis que le (même?) grand requin blanc se trouve toujours non loin de la plage.
Cette vidéo a rapidement fait le tour de l'internet, relayée par les médias, dépassant dans la semaine le million de vues.
L'imprudence, pour ne pas dire l'inconscience, de Michael Cohen a failli lui être fatale. Au jour d'aujourd'hui, il est sorti d'affaire et récupère de l'amputation d'une de ses jambes. Même si les chirurgiens ont réussi à sauver son autre jambe, il n'est pas certain qu'il puisse remarcher un jour.
Passée la frénésie médiatique qui a suivi, abordons les événements de plus près.
On a vu dans ce précédent post comment fonctionnent les Shark Spotters. A Fish Hoek, le dispositif est présent, et vigilant. Nous sommes en septembre, le printemps approche et le "pic d'observation saisonnier" va débuter ; les grand requins blancs de False Bay quittent les proches environs de Seal Island et certains vont se déplacer alors parfois très près des côtes (on reviendra sur la question dans un prochain post).
Le 28 septembre la météo s'annonce clémente, avec une légère brise et une eau claire. Depuis les quatre derniers jours, les observations (sept au total) ont été quotidiennes à Fish Hoek, et c'est sans grande surprise que deux requins blancs, dont un de plus de 3m50, sont repérés dès 9h10. La procédure est lancée, l'alerte (sirène) est donnée, la plage fermée et le drapeau blanc flotte sur Fish Hoek beach.
Peu de temps après, les requins reprennent le large. Sur la plage, le drapeau rouge remplace alors le blanc, signifiant qu'un requin a été repéré il y a peu.
Vers 10h50, c'est à nouveau 2 requins, probablement les mêmes, qui sont repérés du côté de Clovelly Corner, qui jouxte la plage de Fish Hoek. A nouveau, sirène et drapeau blanc ramènent les quelques baigneurs sur la plage. Les squales semblent patrouiller aux environs de l'embouchure d'un petit cour d'eau qui rejoint l'océan du côté de Clovelly, s'approchant parfois à une trentaine de mètres du rivage en eau peu profonde.
Vers 12h25, posté sur les hauteurs de Fish Hoek, le spotteur Ashley reprend ses jumelles et aperçoit avec horreur qu'un nageur vient de se mettre à l'eau à Clovelly. Aussitôt il tente d'activer l'alarme, mais celle ci ne réponds pas. L'électricité est coupée. Un malheureux hasard du a des travaux qu'éffectue l'opérateur Eskom dans la ville au même moment.
Ashley lance l'avertissement par radio à ses collègues sur la plage. Ceux ci s'élancent vers Clovelly pour prévenir le baigneur, aussitôt suivi par Monwabisi Sikweyiya, responsable des spotteurs de Fish Hoek.
Michael Cohen nage parallèlement à la plage, sans se douter de rien. Les deux requins sont toujours présents. Le plus petit se tient à bonne distance, mais le plus grand se trouve non loin de lui. Le nageur a maintenant attiré son attention, et calmement, le squale effectue quelques larges cercles autour de lui.
Tandis que le spotteur Ashley ne peut suivre la scène que de loin, Douglas Drysdale et Hugh Till sont en voiture sur les hauteurs de Clovelly Corner, en direction de Fish Hoek. Et comme ils en ont l'habitude quand ils passent à cet endroit, les deux sexagénaires essayent d'apercevoir des baleines depuis la route. Ce qu'ils voient ce jour là, c'est un nageur et une silhouette noire. Et comme celle-ci se rapproche doucement du nageur, ils réalisent que c'est un grand requin blanc. Les deux hommes foncent alors jusqu'au parking de la plage.
Entre temps, le requin a mordu aux jambes. Une fois. Drysdale et Till se sont lancés à l'eau pour porter assistance au nageur blessé et les deux hommes réussissent malgré les conditions (otarie présente et requin pas bien loin) à ramener Cohen sur la plage.

Entre temps, les Shark Spotters sont arrivés sur les lieux. Michael Cohen est toujours en vie, mais une partie de sa jambe droite a été emportée par le requin, et il saigne abondamment.
Moments décisifs. Monwabisi Sikweyiya, formé aux premiers secours, a pu appliquer un garrot improvisé grâce à sa ceinture et à limiter l'hémorragie. La NSRI et les services d'urgence sont en route. Dès leur arrivée, l'état de Michael Cohen est définitivement stabilisé, ce qui permet son évacuation par hélicoptère.
Ci dessus, le report video de Channel 4 (UK).
Dès le lendemain, le 29 septembre, la ville de Cape Town a mis en ligne un rapport complet et détaillé de l'accident. Celui-ci est intéressant à plus d'un titre car il s'inscrit sans hésitation dans une démarche de transparence et de sensibilisation. Il est également révélateur de la volonté des autorités d'analyser et de comprendre au mieux ce qui s'est passé. Cela pourrait permettre d'éventuels ajustements et l'amélioration du programme Shark Spotters.
→ Le rapport (en anglais) est disponible sur cette page.
La première partie revient sur les faits et le déroulement de l'accident (que nous avons en partie retranscrit plus haut). Pour la deuxième partie, sans envisager une traduction intégrale, nous reprenons les quelques éléments suivants :
- Témoin direct, Kyle James marchait le long de la route sur les hauteurs de Clovelly quand il a assisté à la scène. Il note que le requin nageait lentement et de manière calme jusqu'à ce qu'il soit à deux mètres du nageur. Il a alors vu le requin s'élancer, faisant en partie surface pour attraper les jambes de Michael Cohen, mordre puis s'éloigner de nouveau, lentement. L'événement n'a pas duré plus de 15 secondes.
- Kyle James a également rapporté la présence d'une (voire de deux) otarie(s) près de Michael Cohen aux mêmes instants, et pense que celle-ci aurait pu tenter de "sauver" le nageur. En fait c'est certainement l'inverse; les otaries ont un comportement d'évitement face au grand requin blanc et celle-ci a plus vraisemblablement cherché refuge près de l'homme, comme elles le font habituellement près de petites embarcations ou dans une forêt de kelp.
- Nageur régulier à Fish Hoek, Michael Cohen était déjà connu des Shark Spotters, comme étant défiant face aux consignes, et bien que toujours courtois, il ignorait volontairement à chaque fois les recommandations et avertissements des Spotters.
- Le 28 septembre, la voiture de Cohen était garée sur le parking principal de la plage, ce qui indique qu'il a eu accès à la plage en passant par une zone balisée statuant les conditions du jour, une zone d'où le drapeau est bien visible. Michael Cohen avait même indiqué aux car guards, les gardiens de voitures, où il cachait ses clés, au cas où "il lui arriverait quelque chose".
- À propos du comportement des grands requins blancs les jours précédents (notamment le samedi 24 septembre 2011), les Shark Spotters et les lifeguards de Fish Hoek ont remarqué que les squales semblaient se nourrir de quelque chose dans la zone de Clovelly. Des "éclaboussements" dans une eau à faible profondeur ont été notés, ainsi que des mouettes survolant la zone, indiquant très probablement qu'elles devaient se nourrir de restes de proie. Le samedi et le dimanche, les requins ont montré un intérêt certain à des morceaux de kelp flottant à la surface, nageant souvent l'aileron dorsal perçant la surface de l'eau. L'un d'eux a même été décrit faisant du spy-hopping, sortant sa tête hors de l'eau pour observer ce qu'il se passe en surface.
Pour finir avec le rapport, les Shark Spotters estiment qu'une partie du public a encore du mal à suivre les recommandations. Le matin du 28 à Fish Hoek, les Spotters se sont vus insultés par les quelques personnes rechignant à sortir de l'eau suite à la première alerte. L'après-midi, après l'accident, sur les plages adjacentes pourtant fermées, certains ont également refusé de quitter l'eau. Pour les Spotters, l'adhésion et la compréhension du programme de surveillance et d'alerte par le grand public reste une de leurs principales préoccupations.
La ville de Cape Town a d'ailleurs précisé lors d'une conférence de presse que les trois "attaques" (dont deux mortelles) à Fish Hoek depuis novembre 2006 ont touchées des personnes qui avaient ignoré ou négligé les avertissements.
Cette fois, l'application du protocole d'alerte par les Shark Spotters (malgré la coupure d'éléctricité qui a empêché de faire re-sonner l'alarme), le courage de Douglas Drysdale et Hugh Till et le professionalisme de Monwabisi Sikweyiya ont permis de maintenir en vie le nageur malavisé. Les 3 hommes ont d'ailleurs été récompensés fin novembre pour leur geste.
Quant à Michael Cohen, trois mois plus tard, on ne sait toujours pas ce qui l'a motivé à piquer une tête dans l'océan en connaissance de cause. "If a shark takes me, then blame me, not the shark", en gros - si je me fais attaquer ça sera de ma faute, pas celle du requin - rabâchait Cohen aux Shark Spotters et à qui voulait bien l'entendre. C'était avant l'accident.
Fascination pour l'animal? Fierté mal placée ou inconscience totale ? Les médias britanniques ont bien évidemment tenté l'interview, mais jusqu'à maintenant Michael Cohen n'a pas souhaité s'exprimer sur la question.
En complément :
→ La dépêche française d'AFP.
(en anglais)
→ Le report vidéo de Sky News sur Youtube.
→ Le récit des deux sauveteurs (en anglais) sur le site de la NSRI.
→ Say it was my fault - l'article du Cape Times du 30 septembre 2011.
→ Tandis que le Sun anglais, fidèle à lui même, titre "sauvé par une otarie", le Daily Mail a choisi de publier dans son article une série de photos du sauvetage. Mais gardons plutôt notre attention sur l'article du Guardian.
→ Le numero d'été du magazine Sea Rescue a consacré 3 pages à l'événement. A lire en ligne ici, pages 12-14.
→ Fish Hoek, vu du front de mer, lors d'une alerte sirène.
Ce 28 septembre dernier, Michael Cohen, 42 ans, résident sud-africain d'origine canadienne, a été gravement mordu aux jambes par un grand requin blanc tandis qu'il nageait à une cinquantaine de mètres du rivage, alors même que l'alerte avait été donnée par les Shark Spotters et la plage fermée...
La nouvelle s'est rapidement répandue, notamment suite à la mise en ligne de la séquence suivante, filmée par un résident sur les hauteurs de Fish Hoek quelques minutes après l'accident. On y voit le déploiement des secours, de la NSRI (National Sea Rescue Institute) et de l'hélicoptère emmenant Michael Cohen à l'hôpital, tandis que le (même?) grand requin blanc se trouve toujours non loin de la plage.
Cette vidéo a rapidement fait le tour de l'internet, relayée par les médias, dépassant dans la semaine le million de vues.
L'imprudence, pour ne pas dire l'inconscience, de Michael Cohen a failli lui être fatale. Au jour d'aujourd'hui, il est sorti d'affaire et récupère de l'amputation d'une de ses jambes. Même si les chirurgiens ont réussi à sauver son autre jambe, il n'est pas certain qu'il puisse remarcher un jour.
Passée la frénésie médiatique qui a suivi, abordons les événements de plus près.
On a vu dans ce précédent post comment fonctionnent les Shark Spotters. A Fish Hoek, le dispositif est présent, et vigilant. Nous sommes en septembre, le printemps approche et le "pic d'observation saisonnier" va débuter ; les grand requins blancs de False Bay quittent les proches environs de Seal Island et certains vont se déplacer alors parfois très près des côtes (on reviendra sur la question dans un prochain post).

Spotting sur les hauteurs de Fish Hoek.
Le 28 septembre la météo s'annonce clémente, avec une légère brise et une eau claire. Depuis les quatre derniers jours, les observations (sept au total) ont été quotidiennes à Fish Hoek, et c'est sans grande surprise que deux requins blancs, dont un de plus de 3m50, sont repérés dès 9h10. La procédure est lancée, l'alerte (sirène) est donnée, la plage fermée et le drapeau blanc flotte sur Fish Hoek beach.
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| Drapeau blanc à Muizenberg |
Vers 10h50, c'est à nouveau 2 requins, probablement les mêmes, qui sont repérés du côté de Clovelly Corner, qui jouxte la plage de Fish Hoek. A nouveau, sirène et drapeau blanc ramènent les quelques baigneurs sur la plage. Les squales semblent patrouiller aux environs de l'embouchure d'un petit cour d'eau qui rejoint l'océan du côté de Clovelly, s'approchant parfois à une trentaine de mètres du rivage en eau peu profonde.
Vers 12h25, posté sur les hauteurs de Fish Hoek, le spotteur Ashley reprend ses jumelles et aperçoit avec horreur qu'un nageur vient de se mettre à l'eau à Clovelly. Aussitôt il tente d'activer l'alarme, mais celle ci ne réponds pas. L'électricité est coupée. Un malheureux hasard du a des travaux qu'éffectue l'opérateur Eskom dans la ville au même moment.
Ashley lance l'avertissement par radio à ses collègues sur la plage. Ceux ci s'élancent vers Clovelly pour prévenir le baigneur, aussitôt suivi par Monwabisi Sikweyiya, responsable des spotteurs de Fish Hoek.
Michael Cohen nage parallèlement à la plage, sans se douter de rien. Les deux requins sont toujours présents. Le plus petit se tient à bonne distance, mais le plus grand se trouve non loin de lui. Le nageur a maintenant attiré son attention, et calmement, le squale effectue quelques larges cercles autour de lui.
Tandis que le spotteur Ashley ne peut suivre la scène que de loin, Douglas Drysdale et Hugh Till sont en voiture sur les hauteurs de Clovelly Corner, en direction de Fish Hoek. Et comme ils en ont l'habitude quand ils passent à cet endroit, les deux sexagénaires essayent d'apercevoir des baleines depuis la route. Ce qu'ils voient ce jour là, c'est un nageur et une silhouette noire. Et comme celle-ci se rapproche doucement du nageur, ils réalisent que c'est un grand requin blanc. Les deux hommes foncent alors jusqu'au parking de la plage.
Entre temps, le requin a mordu aux jambes. Une fois. Drysdale et Till se sont lancés à l'eau pour porter assistance au nageur blessé et les deux hommes réussissent malgré les conditions (otarie présente et requin pas bien loin) à ramener Cohen sur la plage.

Entre temps, les Shark Spotters sont arrivés sur les lieux. Michael Cohen est toujours en vie, mais une partie de sa jambe droite a été emportée par le requin, et il saigne abondamment.
Moments décisifs. Monwabisi Sikweyiya, formé aux premiers secours, a pu appliquer un garrot improvisé grâce à sa ceinture et à limiter l'hémorragie. La NSRI et les services d'urgence sont en route. Dès leur arrivée, l'état de Michael Cohen est définitivement stabilisé, ce qui permet son évacuation par hélicoptère.
Ci dessus, le report video de Channel 4 (UK).
Dès le lendemain, le 29 septembre, la ville de Cape Town a mis en ligne un rapport complet et détaillé de l'accident. Celui-ci est intéressant à plus d'un titre car il s'inscrit sans hésitation dans une démarche de transparence et de sensibilisation. Il est également révélateur de la volonté des autorités d'analyser et de comprendre au mieux ce qui s'est passé. Cela pourrait permettre d'éventuels ajustements et l'amélioration du programme Shark Spotters.
→ Le rapport (en anglais) est disponible sur cette page.
La première partie revient sur les faits et le déroulement de l'accident (que nous avons en partie retranscrit plus haut). Pour la deuxième partie, sans envisager une traduction intégrale, nous reprenons les quelques éléments suivants :
- Témoin direct, Kyle James marchait le long de la route sur les hauteurs de Clovelly quand il a assisté à la scène. Il note que le requin nageait lentement et de manière calme jusqu'à ce qu'il soit à deux mètres du nageur. Il a alors vu le requin s'élancer, faisant en partie surface pour attraper les jambes de Michael Cohen, mordre puis s'éloigner de nouveau, lentement. L'événement n'a pas duré plus de 15 secondes.
- Kyle James a également rapporté la présence d'une (voire de deux) otarie(s) près de Michael Cohen aux mêmes instants, et pense que celle-ci aurait pu tenter de "sauver" le nageur. En fait c'est certainement l'inverse; les otaries ont un comportement d'évitement face au grand requin blanc et celle-ci a plus vraisemblablement cherché refuge près de l'homme, comme elles le font habituellement près de petites embarcations ou dans une forêt de kelp.
- Nageur régulier à Fish Hoek, Michael Cohen était déjà connu des Shark Spotters, comme étant défiant face aux consignes, et bien que toujours courtois, il ignorait volontairement à chaque fois les recommandations et avertissements des Spotters.
- Le 28 septembre, la voiture de Cohen était garée sur le parking principal de la plage, ce qui indique qu'il a eu accès à la plage en passant par une zone balisée statuant les conditions du jour, une zone d'où le drapeau est bien visible. Michael Cohen avait même indiqué aux car guards, les gardiens de voitures, où il cachait ses clés, au cas où "il lui arriverait quelque chose".
- À propos du comportement des grands requins blancs les jours précédents (notamment le samedi 24 septembre 2011), les Shark Spotters et les lifeguards de Fish Hoek ont remarqué que les squales semblaient se nourrir de quelque chose dans la zone de Clovelly. Des "éclaboussements" dans une eau à faible profondeur ont été notés, ainsi que des mouettes survolant la zone, indiquant très probablement qu'elles devaient se nourrir de restes de proie. Le samedi et le dimanche, les requins ont montré un intérêt certain à des morceaux de kelp flottant à la surface, nageant souvent l'aileron dorsal perçant la surface de l'eau. L'un d'eux a même été décrit faisant du spy-hopping, sortant sa tête hors de l'eau pour observer ce qu'il se passe en surface.
Pour finir avec le rapport, les Shark Spotters estiment qu'une partie du public a encore du mal à suivre les recommandations. Le matin du 28 à Fish Hoek, les Spotters se sont vus insultés par les quelques personnes rechignant à sortir de l'eau suite à la première alerte. L'après-midi, après l'accident, sur les plages adjacentes pourtant fermées, certains ont également refusé de quitter l'eau. Pour les Spotters, l'adhésion et la compréhension du programme de surveillance et d'alerte par le grand public reste une de leurs principales préoccupations.
Un grand requin blanc en vadrouille à Fish Hoek, le 28 septembre 2006. photo © Alison Kock / Save Our Seas
La ville de Cape Town a d'ailleurs précisé lors d'une conférence de presse que les trois "attaques" (dont deux mortelles) à Fish Hoek depuis novembre 2006 ont touchées des personnes qui avaient ignoré ou négligé les avertissements.
Cette fois, l'application du protocole d'alerte par les Shark Spotters (malgré la coupure d'éléctricité qui a empêché de faire re-sonner l'alarme), le courage de Douglas Drysdale et Hugh Till et le professionalisme de Monwabisi Sikweyiya ont permis de maintenir en vie le nageur malavisé. Les 3 hommes ont d'ailleurs été récompensés fin novembre pour leur geste.
Quant à Michael Cohen, trois mois plus tard, on ne sait toujours pas ce qui l'a motivé à piquer une tête dans l'océan en connaissance de cause. "If a shark takes me, then blame me, not the shark", en gros - si je me fais attaquer ça sera de ma faute, pas celle du requin - rabâchait Cohen aux Shark Spotters et à qui voulait bien l'entendre. C'était avant l'accident.
Fascination pour l'animal? Fierté mal placée ou inconscience totale ? Les médias britanniques ont bien évidemment tenté l'interview, mais jusqu'à maintenant Michael Cohen n'a pas souhaité s'exprimer sur la question.
En complément :
→ La dépêche française d'AFP.
(en anglais)
→ Le report vidéo de Sky News sur Youtube.
→ Le récit des deux sauveteurs (en anglais) sur le site de la NSRI.
→ Say it was my fault - l'article du Cape Times du 30 septembre 2011.
→ Tandis que le Sun anglais, fidèle à lui même, titre "sauvé par une otarie", le Daily Mail a choisi de publier dans son article une série de photos du sauvetage. Mais gardons plutôt notre attention sur l'article du Guardian.
→ Le numero d'été du magazine Sea Rescue a consacré 3 pages à l'événement. A lire en ligne ici, pages 12-14.
→ Fish Hoek, vu du front de mer, lors d'une alerte sirène.
23 novembre 2011
Une mort mystérieuse...
Mauvaise nouvelle. À peine relâché (voir ce post), le 6ème jeune requin blanc du Monterey Bay Aquarium n'a pas survécu. C'est ce qu'a indiqué l'équipe de l'aquarium le 2 novembre dernier via son blog Sea Notes.
Les datas recueillies par les tags fixés sur le squale indiquent que le requin a succombé "peu de temps après avoir été relâché". L'aquarium a également précisé qu'il leur était impossible de récupérer le squale, et donc, de pratiquer une nécropsie sur celui-ci. En conséquence, la cause exacte de cette mort restera donc un mystère. L'aquarium a indiqué, pour finir, la révision probable de ses "protocoles et procédures".
Certes, les opérations ont été menées à bien sur les 5 autres jeunes requins blancs, tour à tour capturés, puis relâchés, de 2004 à 2009... et a permis au MBA d'initier plusieurs programmes de recherche depuis 2002, et de sensibiliser un public toujours très nombreux.
Mais quid des conditions? Des abrasions du museau (suite à une nage erratique - frottements et heurts répétés sur les parois) chez les requins blancs captifs du MBA semblent être récurrents depuis 2005. Un problème souligné à juste titre par les détracteurs de cette "garde prolongée".
A ce jour, le MBA est le seul aquarium au monde a avoir réussi a garder des grands requins blancs en captivité. Et même si la démarche de l'aquarium est sans doute sincère (utile?), la vrai question demeure... le grand requin blanc peut-il vraiment s'adapter et vivre en captivité ?
photo: MBA
→ à lire sur la question ce billet (en anglais) du blog fijisharkdiving.blogspot.com
→ le jeune requin blanc, peu après son arrivée au MBA sur Youtube

Les datas recueillies par les tags fixés sur le squale indiquent que le requin a succombé "peu de temps après avoir été relâché". L'aquarium a également précisé qu'il leur était impossible de récupérer le squale, et donc, de pratiquer une nécropsie sur celui-ci. En conséquence, la cause exacte de cette mort restera donc un mystère. L'aquarium a indiqué, pour finir, la révision probable de ses "protocoles et procédures".
Certes, les opérations ont été menées à bien sur les 5 autres jeunes requins blancs, tour à tour capturés, puis relâchés, de 2004 à 2009... et a permis au MBA d'initier plusieurs programmes de recherche depuis 2002, et de sensibiliser un public toujours très nombreux.
Mais quid des conditions? Des abrasions du museau (suite à une nage erratique - frottements et heurts répétés sur les parois) chez les requins blancs captifs du MBA semblent être récurrents depuis 2005. Un problème souligné à juste titre par les détracteurs de cette "garde prolongée".
A ce jour, le MBA est le seul aquarium au monde a avoir réussi a garder des grands requins blancs en captivité. Et même si la démarche de l'aquarium est sans doute sincère (utile?), la vrai question demeure... le grand requin blanc peut-il vraiment s'adapter et vivre en captivité ?
photo: MBA
→ à lire sur la question ce billet (en anglais) du blog fijisharkdiving.blogspot.com
→ le jeune requin blanc, peu après son arrivée au MBA sur Youtube
03 novembre 2011
Les Shark Spotters de Cape Town

C'est notre 100eme post... et cela fait déjà un bon moment que j'avais prévu de vous parler des Shark Spotters, les "guetteurs de requins" déjà mentionnés maintes fois dans ce blog, et du déplacement des grands requins blancs inshore (près des côtes) à certains moments de l'année en Afrique du Sud.
L'idée de surveiller les plages face au danger que peuvent représenter des requins, (ou de tout autre danger naturel lié à l'océan) ne date evidemment pas d'hier, et les Shark Spotters auraient pu en rester là, à du simple spotting. Mais quand on y regarde de plus près, on peut voir que ce programme va bien plus loin et qu'il se distingue en associant prévention, surveillance et sécurité avec éducation, sensibilisation et recherche.... un programme pensé sur le long terme.
Les débuts.
Le Shark Spotting sur les plages de Cape Town est né en 2004, à la suite de deux accidents : l'un à Muizenberg Beach où un jeune surfer faillit perdre la vie, mordu gravement à la jambe par un grand requin blanc et l'autre à Fish Hoek, ou une nageuse a péri en novembre 2004.
Les mois qui ont suivi l'événement ont laissé le Surfer's corner, le célèbre spot de Muizenberg, quasi vide de sa faune habituelle d'amateurs de surf et de baigneurs occasionnels. Les quelques "gardiens de voitures" (un job d'appoint largement répandu en Afrique du Sud) ont également accusé le coup, se retrouvant en chômage technique.
Face à cette baisse de fréquentation, certains de ces "car guards" se sont organisés en une sorte de mini-réseau de surveillance. Postés sur les hauteurs des montagnes avoisinantes, munis de jumelles, ils avertissaient par téléphone le Surf-shop local en cas d'approche d'une ombre suspecte aux abords de la plage, permettant ainsi d'avertir les surfeurs à l'eau.
Ce système s'est développé avec le soutien d'une personnalité locale, Greg Bertish, et de quelques surfeurs, qui ont permis l'achat de matériel (radio, jumelles et lunettes), l'installation d'une alarme et l'implémentation d'un système de drapeaux, améliorant ainsi cette surveillance lors de compétitions de surf. Quelques pêcheurs de Fish Hoek se sont également impliqués en reportant les signalements de requins.

Plage de Muizenberg, première signalétique d'avant 2010.
Le système s'avérant efficace, la ville de Cape Town, le WWF South Africa et divers acteurs locaux se sont rapidement investis dans le programme apportant des fonds pour son financement et son développement sur d'autres plages le long de la côte.
Les Shark Spotters sont maintenant présents sur 6 sites, dont 4 en permanence (Muizenberg, St James, Fish Hoek, Noordhoek). La structure est coordonnée par le Kommetjie Environmental Awareness Group (KEAG), en association avec le Save Our Seas Shark Centre basé à St James/Kalk Bay, le Marine and Coastal Management (MCM) et l'Université De Cape Town.
Le fonctionnement.
Les spotters sont postés à des points stratégiques en hauteur, équipés de jumelles et de lunettes polarisées, ils scrutent l'océan et sont en contact radio permanent avec un autre spotter sur la plage.
Si un requin est aperçu, le guêteur alerte aussitôt son confrère sur la plage. Celui ci, en coopération avec les lifeguards (l'équivalent des MNS) décideront de la suite des opérations. Si le requin se rapproche trop près du rivage, l'alerte est donnée, la sirène retentit et le drapeau blanc est hissé. Tout le monde se doit de sortir de l'eau jusqu'à nouvelle instruction.

Le système de drapeaux
Vert : Bonnes conditions d'observations. Pas de requin en vue.
Vert : Bonnes conditions d'observations. Pas de requin en vue.
Noir : Mauvaises conditions d'observations. Pas de requin en vue.
Rouge : Alerte maximale. Un requin a été observé dans les 2 dernières heures / risque élevé de présence de requin.
Blanc : Présence d'un requin. Personne ne doit entrer dans l'eau.
L'alerte est levée dès que le squale repart vers le large. Le drapeau rouge est alors hissé, signifiant qu'un requin a été aperçu durant les deux dernières heures.
Le public peut également participer au programme en reportant le signalement d'un requin aux Shark Spotters via le web (sur leur site http://sharkspotters.org.za, sur leur facebook ou twitter) ou par téléphone.Depuis 2010, la signalétique a été améliorée. Tous les drapeaux possèdent dorénavant la silhouette d'un requin pour bien les différencier des signalétiques habituelles, et des panneaux aux abords des plages informent le public et usagers des conditions du jour sur le site. Un marquage "high risk area" a également été mis en place aux endroits sensibles, tel Jaggers Walk à Fish Hoek.
Un système efficient.
L'effectif des Shark Spotters est constitué d'une vingtaine de personnes, se relayant 7 jours sur 7 pour effectuer cette surveillance. Depuis 2004, les spotters estiment qu'une centaine de grands requins blancs ont été ainsi repérés chaque année en moyenne.
Bien que les requins blancs soient présents tout au long de l'année autour de la péninsule du Cap, les observations sont plus nombreuses, quasi quotidiennes, lors du "pic saisonnier", une période fluctuante selon les années, qui va de septembre à février. A False Bay, les requins abandonnent alors peu à peu Seal Island, leur terrain de chasse, pour se disperser, et certains se rapprochent plus près des côtes. Ces déplacements sont un phénomène encore mal connu d'où l'importance du travail des Shark Spotters pour l'étude de ce comportement.
La présence de requins blancs aux abords des plages de False Bay ne provoque plus l'hystérie, on a pu s'en rendre compte lors de notre passage dans la région en août dernier. Les Sud africains du Cap semblent avoir intégré la nécessité d'un partage équilibré (et écologiquement viable) de l'océan avec ses habitants.
Et même s'il est encore perfectible, le programme des Shark Spotters de Cape Town est à ce jour une des meilleures méthodes non-intrusive - la voie sage en quelque sorte - qui permet une cohabitation relativement sereine entre hommes et requins.
→ le site web des Shark Spotters : http://sharkspotters.org.za
Muizenberg, 20 août 2011.
Fish Hoek, 20 août 2011. Dernier requin blanc "spotté", le 4 août à 9h.
Muizenberg, 21 août 2011.
30 octobre 2011
L'Australie à la poursuite de son "requin blanc tueur"
Julian Ashton. Fight with a shark in Geelong Bay (1881, Melbourne).
Même si Jaws a beau atteindre tranquillement ses quarantes bougies, le concept de "requin tueur" qui rôde le long des côtes (le rogue shark comme l'appellent les Anglo-saxons) est toujours très à la mode.
Une fois encore l'histoire se répète ; une série d'accidents dans une même zone sur une période courte, et il n'en faut pas plus pour que l'Etat d'Australie Occidentale organise une traque au requin blanc "tueur" (voir ce report video de NBC). Une décision qui a de quoi surprendre de la part de ce pays, qui a inscrit le grand requin blanc au nombre des espèces à protéger, et qui devrait pourtant être au fait de la présence de requins sur ses côtes.
Revenons sur les événements :
Le 4 septembre dernier, un jeune bodyboarder est tué à Bunker Bay (250 km au sud de Perth).
Le 10 octobre, un nageur australien de 64 ans est porté disparu à Cottesloe Beach, une des plages de Perth. Seule sa combinaison de plongée a été retrouvée, portant des traces de morsures d'un grand squale.
Le 22 octobre, c'est un plongeur américain de 32 ans qui trouve la mort lors d'une session de chasse sous-marine près de Rottnest Island, à une vingtaine de kilomètres au large de Perth.
Pour l'Etat du Western Australia, 3 accidents mortels en 7 semaines, c'est effectivement de l'inédit.
D'ou un ruage dans les brancards ; le Premier ministre de l'Etat a ordonné l'organisation d'une chasse pour capturer LE squale coupable, un "catch and destroy" du supposé rogue shark.
Dès le 23 octobre, un repérage aerien et six lignes de pêche ont été installées. Mais jusque là le dispositif n'a rien donné...
... et ne donnera probablement rien.
Nous ne reviendrons pas une nouvelle fois sur l'inefficacité et l'inutilité de telles mesures, ni sur la théorie simpliste du rogue shark appliquée au grand requin blanc, qui n'a jamais pu être confirmée scientifiquement - elle est même largement réfutée, au vu des connaissances actuelles.
Par contre, en regardant de plus près ces trois accidents, on s'aperçoit que sur au moins 2 des cas, les conditions in situ étaient pour le moins hasardeuses.
Comme déjà reporté dans ce post, le bodyboarder de Bunker Bay était à l'eau dans des conditions que tout surfeur aguerri évaluerait comme optimum à une mauvaise rencontre : en eau trouble, par ciel couvert et pluie fine, avec une forte activité de la faune marine le matin (présence de baleine et dauphins), sans compter la colonie d'otarie présente à 800m du spot.
Le plongeur américain pratiquait le spearfishing (chasse sous-marine) apparemment seul. D'éventuels poissons blessés et/ou en détresse n'auront pas manqué d'attirer la curiosité de prédateurs. Rodney Fox pourrait en témoigner, le spearfishing en solo est une activité à haut risque dans une zone connue pour être patrouillée par le White Pointer (le nom australien du grand requin blanc), surtout à cette période de l'année ou les baleines effectuent leur migration le long de la côte ouest.
Il y a un an, à la même époque à Rottnest Island, la carcasse de l'une d'elle s'est retrouvée "recyclée" par quelques White Pointers comme on peut le voir dans cette vidéo (un évènement fréquent sur les côtes Californiennes et d'Afrique du Sud également) :
On peut se demander pourquoi dans ces conditions des opérateurs continuent-ils à emmener des touristes pratiquer la chasse sous-marine à cette périose dans la même zone ?
Reste le cas du nageur. Visiblement l'homme avait l'habitude de faire quelques brasses matinales sur cette plage. Les informations sont imprécises sur les conditions, mais il est de notoriété que se mettre à l'eau au lever ou au coucher du soleil, heures auxquelles les grands requins se mettent en chasse, est à proscrire.
Notons aussi que le grand requin blanc n'a pas encore été formellement identifié dans aucun des trois cas. Certains parlent déjà d'un requin tigre concernant l'accident de Rottnest Island.
Depuis une semaine, cette décision de traque au requin a provoqué un tollé certain.
Pour exemple, la réaction de la Fondation Rodney Fox par cette lettre qui rappelle que pour "réguler" il faudrait d'abord posséder des datas et des statistiques fiables sur les populations de requins blancs en Australie (données inconnues pour le moment), et qui met l'accent sur la fréquentation, en constante hausse, de l'homme en milieu marin, en corrélation directe avec les interactions hommes/requins.
Une pétition contre cette décision a également été mise en place : www.thepetitionsite.com/4/stop-the-shark-cull/
Pour rappel, et pour relativiser, l'ISAF (International Shark Attack Files) a répertorié pour l'Australie 52 accidents (dont 27 mortels) qui impliquent le grand requin blanc... depuis 1876.
→ voir la carte (fev. 2011).
→ lire aussi l'article (en anglais) de The Conservation
→ voir le report video d'ABC
→ les articles (en anglais) de The Australian du 23 et 24 octobre 2011
26 octobre 2011
Le requin blanc du Monterey Bay Aquarium a été relâché hier
Placé dans le grand bassin 'Open Sea Exhibit' depuis début septembre, le jeune requin était visiblement un peu trop à l'étroit.
Selon le Monterey Bay Aquarium, la nage du squale s'était quelque peu modifiée, l'amenant à se frotter trop souvent près des parois, ce qui, à terme, aurait pu provoquer des abrasions. Les vétérinaires du MBA ont donc pris les devants en décidant de le relâcher.
Le requin a regagné la mer hier, avec succès, accompagné de deux tags : un tag satellite qui permettra de récolter une batterie d'informations sur ses mouvements (trajet, profondeur, température de l'eau...) des prochains 180 jours, et un tag acoustique d'une autonomie de 5 ans, qui documentera son parcours via un reseau de récepteurs-bouées placés le long de la côte californienne.
En 55 jours de captivité, ce jeune mâle requin blanc a gagné 4 kgs et 5 cm (et le poisson lune y a perdu quelque écailles...).
Souhaitons que ce requin blanc du MBA (le sixième) ne finisse pas dans les filets d'un pêcheur, comme cela avait été le cas pour son prédécesseur en 2009, quelques mois après son retour dans l'océan.
→ l'article (en anglais) sur le blog de l'aquarium
→ le site du Monterey Bay Aquarium
Selon le Monterey Bay Aquarium, la nage du squale s'était quelque peu modifiée, l'amenant à se frotter trop souvent près des parois, ce qui, à terme, aurait pu provoquer des abrasions. Les vétérinaires du MBA ont donc pris les devants en décidant de le relâcher.
Le requin a regagné la mer hier, avec succès, accompagné de deux tags : un tag satellite qui permettra de récolter une batterie d'informations sur ses mouvements (trajet, profondeur, température de l'eau...) des prochains 180 jours, et un tag acoustique d'une autonomie de 5 ans, qui documentera son parcours via un reseau de récepteurs-bouées placés le long de la côte californienne.
En 55 jours de captivité, ce jeune mâle requin blanc a gagné 4 kgs et 5 cm (et le poisson lune y a perdu quelque écailles...).
Souhaitons que ce requin blanc du MBA (le sixième) ne finisse pas dans les filets d'un pêcheur, comme cela avait été le cas pour son prédécesseur en 2009, quelques mois après son retour dans l'océan.
→ l'article (en anglais) sur le blog de l'aquarium
→ le site du Monterey Bay Aquarium
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